Violette Leduc, qui connut la célébrité grâce au succès de La Bâtarde en 1964, est une amoureuse de l’impossible. Toute sa vie, elle s’éprend de ceux qui ne pourront lui rendre son amour. Ses relations sentimentales sont ambiguës, tout comme son rapport à l’argent. Entretenue souvent par ceux qu’elle aime et admire, dans quelles mesures le besoin financier a-t-il motivé ses relations avec autrui et a-t-il joué sur son travail de création ?
Dès son plus jeune âge, Violette Leduc a connu des difficultés financières. Issue d’une famille paysanne, elle a été élevée par des femmes : sa mère, Berthe, sa grand-mère, Fidéline, et sa marraine, Clarisse Poulain. Sa mère vit pauvrement. Elle a été mise enceinte à Valenciennes par André Debaralle, le fils de ses maîtres. Elle a dû quitter sa place de bonne, sans rien dire de la « faute » qu’elle a commise. Sa fille, Thérèse Andrée Violette, est née à Arras, et toutes deux vivent dans une chambre misérable. Ces problèmes financiers qui hanteront toute son enfance vont faire de Violette une personne qui aura, durant sa vie, un rapport très particulier à l’argent. En 1913, alors que Violette n’a que six ans, Berthe retourne, avec la grand-mère, à Valenciennes. Elle rencontre un homme, Ernest Dehous, qui l’aide financièrement. Cette relation est plus fondée sur l’argent que sur l’amour et, si Berthe épouse cet homme sept ans plus tard (22 janvier 1920), c’est en grande partie pour cette raison. Le mariage la sort de la difficulté et la met à l’abri. Ce sera pour Violette une grande fêlure qui, selon Simone de Beauvoir, serait à l’origine de son narcissisme et de son sentiment d’abandon.
Les premiers emplois de Violette Leduc lient l’écriture et l’argent : entre 1928 et 1932, elle est employée comme échotière chez Plon. Elle s’occupera de la publicité, du service de presse. Elle vit en couple avec Denise Hertgès, une ancienne surveillante rencontrée à l’école, de quatre ans son aînée. Après le scandale suscité par cette liaison, Denise a été renvoyée du collège, mais leur histoire d’amour se poursuit durant neuf ans. Elles se sont installées ensemble. Et là encore, l’argent entre en jeu dans cette relation. Car Denise Hertgès entretient Violette pendant trois ans. Cette dernière a dû quitter son travail pour des raisons de santé. À la même époque, Violette se passionne pour le luxe et la mode, et n’éprouve aucune gêne à ce que Denise lui paie ce dont elle a envie. Elle ne se prive pas non plus de voler dans les magasins (elle scandalise d’ailleurs le public, en 1964, à la parution de La Bâtarde, quand elle avoue sans honte qu’elle aime voler). Elle ne travaille pas, mais veut s’offrir des chapeaux Rose Descat, des tailleurs Schiaparelli. Les articles qu’elle écrira plus tard dans les journaux (Pour Elle, Vogue) seront d’ailleurs des hommages aux grands couturiers. En 1940, par exemple, elle écrit des textes publicitaires pour Lucien Lelong.
De sa rupture avec Denise en 1935, Violette parle en ces termes liés à l’argent : « Après sa fuite, je dus rendre en monnaie de souffrance ce qu’elle m’avait donné. »
Violette Leduc occupe successivement les postes de dactylographe, de scénariste, de journaliste… L’écriture est un moyen de gagner sa vie (comme plus tard, quand elle fera des reportages pour Paris Match). Violette n’est pas encore écrivain. Elle écrit pour vivre, mais elle n’exerce pas ses talents dans la création personnelle. La première personne qui l’incite à cet exercice, en 1937, c’est Maurice Sachs. Elle l’a rencontré alors qu’elle travaillait chez Synops (une société adaptant au cinéma des romans).
Son goût pour l’argent la conduit à faire du marché noir durant la guerre. Il s’agit de pallier ses difficultés financières, certes, mais elle ne connaît pas de limites et se prend volontiers au jeu de ces trafics qu’elle mène avec Maurice Sachs. En 1942, en Normandie, elle gagne beaucoup d’argent, se met dans des situations dangereuses (ce qui finira même par la conduire en prison). C’est pourtant à cette époque qu’elle commence à écrire son premier roman, fortement poussée par Maurice Sachs qui en a assez de l’entendre se plaindre de sa mère, de lui raconter ses problèmes, ses états d’âme. Il pense qu’écrire lui fera du bien, même si Violette Leduc n’a jamais cru au caractère thérapeutique de l’écriture : « On ne met pas ses malheurs dans un livre, on s’en inspire, après on les retrouve. […] On sauve l’artiste mais non pas l’homme. »
Il n’est pas encore question d’édition ni de légitimité, loin de là, mais Violette écrit L’Asphyxie, et ce texte n’est pas une confession ordinaire. La trafiquante devient écrivaine. L’idée lui vient de faire publier son manuscrit ; les circonstances lui sont favorables puisqu’elle voit pour la première fois au café de Flore, en 1944, celle qui va avoir une immense influence sur sa vie et grâce à qui elle pourra développer ses talents littéraires : Simone de Beauvoir, surnommée « l’Événement ».
Leur rencontre a lieu en février 1945. Simone de Beauvoir lit en une nuit le texte de L’Asphyxie et le propose aux Éditions Gallimard (dans la collection « Espoir », dont le directeur est Albert Camus). Le roman est accepté et, parallèlement, d’autres textes de Violette sont publiés dans la revue des Temps Modernes, dirigée par Jean-Paul Sartre. Ce sont donc des débuts littéraires prestigieux, même si elle ne rencontre pas le succès qu’elle espère.
Malgré l’honneur d’être éditée chez Gallimard et d’être reconnue par la critique, Violette Leduc n’est pas satisfaite. Étonnamment, elle vit toujours de ses trafics et emprunte de l’argent (qu’elle ne rendra jamais) à ses amis (Yves Lévy, critique littéraire, André et Jacqueline Amar, de riches bourgeois, et Adriana Salem, une traductrice italienne mariée à un homme très riche).
Par ailleurs, quand Gaston Gallimard l’autorise à publier une édition de luxe de son deuxième livre, L’Affamée, il lui écrit que c’est parce qu’il sait « qu’il s’agit là pour [elle] d’une question d’argent ». Même si elle est en quête de légitimité, l’argent qu’elle peut gagner avec ses écrits lui importe beaucoup.
Sur les conseils de Jacques Guérin, un riche industriel qui dirige les parfums d’Orsay depuis 1936 et qui deviendra une autre personne très importante de sa vie, elle achète des actions Perrier avec le peu d’argent qu’elle parvient à obtenir grâce à une allocation qu’elle croit recevoir de Gallimard et avec ses économies (marché noir). Surprenante démarche de spéculation quand on est désargenté, mais cela reflète le caractère de Violette Leduc qui a besoin d’amasser et de se mettre à l’abri.
Lorsqu’elle termine l’écriture de Thérèse et Isabelle, quelques années plus tard, elle pense déjà à l’exploitation financière qu’elle pourra en faire : « Ne pourrai-je pas faire de l’argent avec, exploiter l’indécence qu’on trouvera dedans, que je n’ai pas voulue ? »
Mais Violette Leduc ne se sent toujours pas légitime : L’Asphyxie et L’Affamée, ses deux textes publiés chez Gallimard, vont être pilonnés en 1955. Thérèse et Isabelle est refusé, l’épisode de l’amour entre les deux jeunes filles coupé de Ravages qui ne se vend pas même s’il reçoit une bonne critique. Or Violette Leduc ne se satisfait pas des bonnes critiques, elle désespère du succès et en tombe malade : dépression, paranoïa.
Elle reçoit pourtant le soutien des plus grands : Cocteau, Simone de Beauvoir dont l’amitié ne faiblira jamais durant les dix-huit années qui précèdent le succès de La Bâtarde en 1964.
Jusque-là, Violette gagne de l’argent en posant pour le peintre Paolo Vallorz. Même riche, quand elle sera très malade, elle aura la force de réclamer à son éditeur les six millions qu’il lui doit. Elledemande 15 % sur ses livres alors qu’elle n’en a obtenu que 12 %. Elle exige « un chèque de six millions deux cent dix mille anciens francs à me remettre ».
L’argent a donc toujours eu une place très importante dans la vie de Violette Leduc, qu’elle soit en difficulté financière ou qu’elle connaisse le succès et la richesse. Souvent dépendante, elle lie sa carrière d’écrivain à des protecteurs, des mécènes qui la soutiennent financièrement, mais qui ont la particularité d’avoir une énorme importance affective dans sa vie.
Le manque affectif originel de Violette Leduc est lié à son père qu’elle n’a jamais connu, si ce n’est de vue. Elle a, toute petite, éprouvé une grande peur de l’abandon quand sa mère l’a mise huit jours en pension à l’âge de cinq ans. Ses relations sont placées sous le signe de l’échec affectif. Colette Trout Hall, dans Violette Leduc la mal-aimée, parle même d’une « dynamique d’échec affectif » : Violette détruit ses amitiés/amours ou choisit le triangle.
En 1942, elle emménage dans un petit hôtel à Paris avec Maurice Sachs. Elle ne travaille plus et vit à ses crochets. Dès sa rencontre avec l’écrivain homosexuel, elle éprouve des sentiments très forts pour lui. Elle sait pourtant que cet amour est voué à l’échec, mais elle s’installe dans cette relation frustrante. Elle le suit en Normandie. Pour elle, c’est un « coup de foudre de la sympathie », comme elle l’écrit dans La Bâtarde. Lui se lasse très vite de cette amitié encombrante et part en Allemagne pour y être ouvrier. Il n’en reviendra jamais… Grâce à Maurice Sachs, elle a écrit son premier roman : il lui a donné l’impulsion de l’écriture.
Trois ans plus tard, Violette Leduc fait la rencontre de sa vie : Simone de Beauvoir sera pour elle un soutien intellectuel, affectif et matériel. Elle est à la fois « mentor, guide éclairé, muse inspiratrice, lectrice privilégiée, agent littéraire, censeur et bienfaitrice », comme l’écrit Carlo Jansiti dans la préface de Correspondance 1945-1972. Ses lettres, ses livres témoignent de sa passion pour cette femme. Par exemple, voici ce qu’elle écrit dans un courrier qui lui est adressé : « Je suis heureuse parce que je vous ai revue hier, parce que ma soirée avec vous a été belle, parce que je vous adore paisiblement. Le lien est de plus en plus fort, de plus en plus extraordinaire. Ce sera une liaison éternelle. »
Simone de Beauvoir a eu une grande influence sur l’œuvre de Violette Leduc en étant le sujet amoureux de nombreuses pages, mais aussi en retravaillant le texte avec elle, en lui faisant couper des passages, revoir d’autres, comme l’explique Catherine Viollet qui a travaillé sur la génétique des textes de Violette Leduc : ses manuscrits sont remplis de remarques de Simone de Beauvoir.
Elle la conseille, participe à l’écriture du manuscrit car elle lit toutes les versions des cahiers et se montre très présente dans ce travail de création. La collaboration entre elles est étroite. « Simone de Beauvoir met de l’ordre dans l’écriture de Violette Leduc », dit aussi Catherine Viollet.
Deux ans après, elle fait une autre rencontre, tout aussi importante, qui lui a inspiré de très belles pages de La Folie en tête et de La Chasse à l’amour : Jacques Guérin. Il lui a été présenté par Jean Genet. Lui aussi est homosexuel, comme la plupart des hommes qu’elle aime. Il est un grand collectionneur et se passionne pour les livres et les manuscrits. Violette Leduc montre à ceux qu’elle aime qu’elle dépend d’eux, affectivement mais aussi souvent financièrement. Elle se voue entièrement à l’autre et instaure une situation très délicate. Cette relation avec Jacques devient pour Violette une véritable obsession amoureuse, comme Simone de Beauvoir en est une autre.
Pour répondre à sa passion, Jacques Guérin lui propose une édition de luxe de L’Affamée en 1948. Elle réagit de façon inattendue et vexante : « J’aurais préféré un bijou de la place Vendôme, une fourrure du faubourg Saint-Honoré, un billet de l’agence Cook pour un voyage au Mexique. »
Mais le lendemain, elle se présente au bureau de Jacques pour lui réclamer l’argent en petites coupures. Elle se montre souvent désagréable avec lui car elle attend trop. Il ne peut ni ne veut d’elle comme maîtresse et tente de compenser autrement cet amour qu’il reçoit. Il lui fait par exemple de nombreux cadeaux ; elle en réclame même parfois. Quand il lui offrira l’original d’une carte postale de Rousseau, Jacques Guérin sera très blessé d’apprendre qu’elle l’a vendue pour se faire de l’argent. Il existe toujours une ambigüité entre son attitude obsessionnelle amoureuse et la recherche du profit. Elle écrit aussi, dans une lettre à Simone de Beauvoir du 27 mai 1955 : « Il aime ce que j’écris mais il ne songe pas à embellir la vie d’un écrivain. »
Il lui arrive souvent de se plaindre de l’un à l’autre, et vice-versa, alors qu’elle fait à chacun d’intenses déclarations d’amour. Cette attitude causera bien plus tard la rupture définitive avec Jacques.
Elle est aussi jalouse de l’argent que Guérin donne à Genet, même si l’industriel se défend d’avoir jamais fait cela.
Comme Jacques Guérin est avant tout un esthète et un admirateur de l’écriture de Violette Leduc, elle exerce souvent sur lui un chantage affectif en utilisant son travail de création. Le 2 janvier 1954, elle lui écrit : « Je jetterais sans hésiter mon manuscrit dans la Seine pour être aimée. Oui Jacques. Vous ne m’approuvez pas mais vous pouvez me croire. Je m’aperçois trop tard que je vous ennuie. Je me tais et pardonnez-moi de vous parler ainsi de mon manuscrit [Ravages] que vous aimez. »
De cette manière, elle tente de l’atteindre pour lui prouver la force de son amour, mais il rentre rarement dans son jeu et reste ferme face à son obsession. Un mois plus tard, le 18 février, elle lui écrit aussi : « J’espérais que vous me diriez : “Oui Violette, il faut gagner de l’argent. C’est votre planche de salut. C’est ce qui vous aidera. Je ne vous donnerai rien et vous ne me demanderez rien, je ne vous prêterai rien mais je vous donnerai des conseils, je vous dirai quel commerce vous devez entreprendre. Je vous guiderai. Je suis votre ami. Je vous le prouverai. Je veux vous sortir du malheur.” Vous ne me l’avez pas dit mais je ne vous en veux pas. Travailler chez Gallimard, voilà ce que vous m’avez proposé. Mais alors Jacques, vous n’avez rien saisi de moi. Être employée de bureau chez Gallimard (ne croyez pas que je les méprise). »
Elle se plaint, donne une piètre image d’elle-même dans le but, très souvent, d’obtenir de l’argent ou des biens matériels. Jacques Guérin finance plusieurs voyages de Violette. Là où l’on s’attendrait à de la reconnaissance, elle en veut toujours plus. Elle ne supporte pas que l’homme qu’elle aime lui offre un billet de troisième classe. Les sentiments se jugent à l’aune de sa place dans le train : « La traversée a été très mauvaise, l’air irrespirable dans la couchette de 3e classe. »
De même, le 13 février 1961, Violette réclame assez sèchement les exemplaires de Thérèse et Isabelle qui restent à Jacques Guérin (il avait fait tirer à vingt-huit exemplaires une édition de luxe) car elle voudrait les vendre pour se faire de l’argent : « Pourquoi voulez-vous garder ces exemplaires dont la vente me ferait un petit supplément d’argent ? […] Vous aimez mes livres. Aimeriez-vous aussi que je crève de faim ? Il y a toutes sortes d’encouragements sur la terre. »
Comme il lui dit qu’il ne les a pas, la dispute grandit. Violette se défend et dit à Guérin qu’il ment. Elle se montre mesquine malgré tout le soutien financier qu’il lui a apporté jusque-là.
Elle exerce le même chantage affectif sur Simone de Beauvoir qu’elle aime passionnément. Cet amour platonique la torture, la rend folle. Et pourtant, elle utilise le levier sentimental pour éveiller la pitié et obtenir ce qu’elle cherche : « Je demande à Dieu de me donner la force de me suicider, je ne vois que cela devant moi et si j’ai encore une hésitation c’est parce que vous m’aidez à travailler sinon le manuscrit irait au feu. Mon découragement est absolu. » Le post-scriptum de cette lettre désespérée est très parlant : « La mensualité envoyée lundi dernier n’est pas arrivée. »
De même, dans une lettre datée du 12 mars 1964 : « [Je pensais à nos soirées,] l’argent. Vous ne pouvez pas aider Catherine Genet et m’aider aussi. J’avais espéré que Gallimard, après la remise du manuscrit, augmenterait ma mensualité. Je n’espère plus. »
Il faut rappeler qu’en 1948, Simone de Beauvoir a décidé de soutenir financièrement Violette Leduc. Au début, c’est Jean-Paul Sartre qui payait l’allocation jusqu’au succès des Mandarins en 1954 (couronné par le prix Goncourt). Violette Leduc recevra durant près de vingt ans une mensualité de 25 000 francs. Voici ce qu’a écrit Simone de Beauvoir à son amant Nelson Algren en 1948 : « Sartre a décidé de lui allouer un peu d’argent chaque mois pendant un an, mais comme, sachant que ça provient de sa poche à lui, elle ne l’accepterait pas, il doit feindre que Gallimard, soi-disant convaincu que son prochain livre se vendra, lui fait une avance. Ça fend le cœur de permettre que Gallimard paraisse si attentionné et généreux, mais il le faut, cette femme est vraiment intéressante. »
Gaston Gallimard est complice du couple Sartre-Beauvoir, mais ne donne pas d’argent. En présence de Jacques Guérin, Simone de Beauvoir dit, en 1956, qu’elle a soutenu Violette Leduc « par devoir », assumant son rôle de mécène. Jacques Guérin, lui, se confie à Carlo Jansiti en 1988, et explique que s’il a aidé Violette Leduc, en plus d’aimer son écriture, c’était pour lui rendre ce qu’elle lui avait donné pendant la guerre : « Elle m’a souvent aidé lors de son marché noir, en m’offrant des denrées, en m’invitant au restaurant, à une époque où je n’avais pas les moyens d’y accéder. »
Contrairement à ce que l’on pense, Violette Leduc apprendra très vite, en 1950 par Jean Genet, le geste de ses bienfaiteurs, et cela ne l’empêchera pas d’accepter l’argent même si elle continue à se plaindre beaucoup. Agacée, Simone de Beauvoir l’accuse de verser des larmes de crocodile puisqu’elle ne se donne pas les moyens de chercher du travail : « Mon avenir matériel m’obsède souvent. Que ferai-je quand j’aurai fini mon livre ? Heureusement que je n’y pense plus pendant que j’écris sinon je serais à demi paralysée. Je l’écris grâce à vous, d’abord parce que je vous aime, parce que je veux vous plaire, parce que vous m’aidez, parce que votre démarche chez Gallimard m’a permis de subsister, parce que vous m’avez dit que je pourrai le continuer après janvier. […] J’ai peur de manquer d’argent parce que je n’ai pas de métier, pas de capacités pour refaire de l’argent. »
Ce qui est surprenant avec Violette Leduc, c’est qu’elle ait reçu un soutien financier de la part d’un confrère. Il est rare que les écrivains soient des mécènes les uns pour les autres : ses amis ont payé ses voyages et, en particulier, ses frais d’hospitalisation. En effet, à cause de ses crises de paranoïa, Violette Leduc a été soignée dans une clinique à Versailles pendant six mois, puis à la Vallée-aux-Loups : « Je vais encore vous ennuyer : je ne veux pas aller dans la maison de santé de Versailles. Ce serait trop coûteux. […] Je ne veux pas profiter de vous. Je vous demande encore la mensualité jusqu’à ce que je trouve du travail et que vous m’aidiez à en trouver avec vos conseils. »
Les frais médicaux ont été pris en charge par Simone de Beauvoir et Jacques Guérin. Cet épisode a été à l’origine d’échanges très froids entre les deux mécènes. Simone de Beauvoir voulait assumer seule les frais, mais Jacques Guérin a insisté pour participer : « Vous vous rappellerez sans doute que nous nous étions mis d’accord, vous et moi, pour partager les frais de La Vallée aux Loups. J’ai donc, comme convenu, payé chaque mois une quinzaine de dépenses. »
Dans sa correspondance, on trouve énormément de preuves de ce chantage affectif, de ce lien entre l’amour et l’argent, l’amour et sa santé.
Elle écrit à Simone de Beauvoir, le 25 novembre de la même année, ce qui n’était pas formulé mais transparaissait dans ces amours « mécénales » : « Il me semble que si je gagnais beaucoup d’argent, cela compenserait mes grandes privations d’affection. »
Tout est dit dans cette affirmation : Violette Leduc compense, en grande partie, ses manques affectifs par l’argent. Malgré l’adoration qu’elle porte à Simone de Beauvoir, elle n’hésite pas à l’escroquer un jour qu’elle devait se charger de la vente de quelques fauteuils. Elle le confesse dans une lettre du 14 juin 1957. « Je vous ai trahie quand je n’ai plus voulu boire du champagne et que j’ai demandé une augmentation de ma mensualité : j’ai acheté chaque mois des draps, du linge de maison. […] Je vous ai écrit le principal. Vous déciderez. S’il faut payer, je paierai. »
Au fond d’elle, elle sait très bien que Simone de Beauvoir ne lui en voudra pas et ne lui réclamera pas cet argent qu’elle a détourné. Elle sollicite aussi Sartre pour un « prêt » afin de passer ses vacances sur la Côte d’Azur. Voici comment se mêlent l’affectif et l’argent dans une lettre du 18 mai 1949 à Simone de Beauvoir : « Mais si vous deviez moins m’estimer à cause de ma demande, je préfère rester à Paris car votre estime c’est ma santé. »
De belles sommes sont prêtées à Violette Leduc par ses riches amis de l’époque. Parmi eux, on trouve donc Sartre, Guérin et les Amar précédemment cités, mais aussi François Reichenbach (cinéaste, neveu de Jacques Guérin et homosexuel lui aussi). Grâce à ces prêts qui n’en ont que le nom, elle a pu partir à Morzine, en Europe du Nord, en Italie. Elle réclame sans gêne, comme elle l’écrit dans cette lettre à Simone de Beauvoir en 1951 : « J’ai écrit à Amar [Paul Amar] à qui j’ai demandé vingt-mille francs, un supplément pour terminer mon séjour, enchaîner Paris aux vacances. Je ne le regrette pas. L’argent n’est rien, rien, rien. »
L’un de ses voyages financés par Sartre et Beauvoir est à l’origine de l’écriture de Trésors à prendre : le couple lui paie ce périple dans le sud de la France, qu’elle relate par écrit et dont les premières pages commencent dans le train de Vichy. Le but est qu’elle sorte de ses obsessions parisiennes, voie du pays et écrive un texte sur cette expérience. Trésors à prendre, sorte de « faux journal », raconte ce séjour et il est, en même temps, un prolongement de L’Affamée, car Violette Leduc ne cesse d’y clamer son amour pour Simone de Beauvoir : « L’être que j’aime déploie là-dessus ses ailes d’absent. […] Aujourd’hui, je vous aime et je me donne pour rien comme je devrais vous aimer et me donner tous les jours. […] Je donne pour rien. Il n’y a qu’un amour. C’est celui-là. […] Je vous écoute, je m’applique, je vous aime, je ne peux pas surpasser mon cerveau chétif. C’est mon cœur qui vous suit parce que vous l’aurez rendu intelligent, parce que vous l’aurez développé, cultivé sans coquetterie. »
Dans les lieux qu’elle visite, elle ne peut s’empêcher de voir Simone de Beauvoir, sa muse : « Madame je vous aimais, je vous aime pendant que je marche sur la route du causse Noir, sur la route de La Malène au Rozier. Je vous aime, je ne dévide pas mon cœur sur les routes. J’aime en baissant les yeux. […] Moi religieuse dès qu’il s’agit de vous, j’ai frôlé avec mes lèvres l’épiderme ardent de la cathédrale. Vous, c’est elle. Vous, Madame, ma beauté solide. »
Trésors à prendre est donc l’illustration parfaite du mécénat littéraire en faveur de Violette Leduc, et c’est aussi un bon exemple pour montrer combien les rôles de bienfaitrice et d’inspiratrice se confondent.
L’amitié se mesure souvent, chez Violette, à la somme d’argent dépensée pour elle, comme cela a été dit plus haut avec l’exemple du billet en 3e classe. Voici ce qu’a écrit François Reichenbach : « Je l’emmenais au concert. C’est avec elle que j’ai découvert Vivaldi, salle Gaveau, et en sortant Violette s’est arrêtée, misérable, prête à pleurer : “François, vous ne m’aimez plus, vous m’avez mise au balcon. Avant vous preniez des orchestres.” Sensible, se faisant mal à plaisir, elle montait un drame avec rien mais avec quel talent ! »
Elle aime aussi mettre ses bienfaiteurs en concurrence pour les obliger à donner, ce qui ne sera pas sans créer des problèmes graves qui se retourneront contre elle plus tard, au moment de sa rupture avec Jacques Guérin : « Jacques Guérin ne se préoccupe pas si j’ai chaud ou non sous les toits comme vous vous en préoccupiez. Il ne pense pas à mes vacances, il me laisse à la porte des métros. C’est un avare avec de l’argent comme Marc [Jacques Mercier, le mari de Violette Leduc dans Ravages] était un avare sans argent. Comme Marc c’est aussi un sadique qui pardonne, qui a de la patience parce qu’il ne donne rien. Il aime ce que j’écris mais il ne songe pas à embellir la vie d’un écrivain. Il m’inspire beaucoup de médisance à son égard. Il ne me donne pas d’argent. On croit quelquefois que je mens quand je le dis pourtant je dis la vérité. Hors de ma mensualité, je ne reçois rien. […] J’ai une jolie robe grise que vous verrez. Ce sont les Amar qui m’ont offert le tissu et la façon ainsi que la façon de la marinière que j’avais hier. […] Yves Lévy non plus ne me donne rien. Je paie ma chambre quand je vais à Théméricourt. J’avais besoin de vous l’expliquer. Quant à François Reichenbach, je vous ai dit chaque fois ses gentillesses. Je ferai ce que vous me conseillerez pour mes vacances, je prendrai l’argent que vous me direz de prendre sur ce que j’ai. Je n’ai confiance qu’en vous, je n’écoute que vous. »
Elle se sert de la tension qui existe entre Reichenbach et Guérin pour se mettre en valeur, pour faire comprendre à Jacques qu’on est plus généreux que lui. Elle fait preuve d’une grande ingratitude car ce mécène est à l’origine de deux tirages de luxe des œuvres de Violette : L’Affamée et Thérèse et Isabelle. Lorsqu’il lui présente le tirage de Thérèse et Isabelle à vingt-huit exemplaires (pour un coût de 5 000 francs chacun), au lieu de le remercier, elle dit, mécontente de la couverture cartonnée à fleurs bleues et entourée d’un ruban noir : « J’aime pas ça… »
L’argent a été la cause de la rupture avec cet homme qu’elle aimait.
Certaines de ses relations ne sont qu’utilitaires. Demander de l’argent n’a jamais été un problème pour Violette Leduc, si l’on se souvient de ce qu’elle écrit dans La Bâtarde, au moment où le couturier Lucien Lelong lui laisse choisir un tailleur et un chapeau : « J’aime mendier et, plus encore, j’aime qu’on me donne avant d’avoir mendié. »
À l’égard d’Adriana Salem, qui l’admirait, elle fait preuve d’une immense sécheresse. Cette femme fortunée l’aidera durant de nombreuses années, sans recevoir aucune affection de Violette en retour, ce dont elle se plaignait beaucoup, selon son fils Lionel Salem. Il est question de la « rapacité » de Violette qui mendiait sans cesse des présents et de l’argent. Voici un extrait d’une lettre (parmi les 91 écrites en une dizaine d’années par Violette Leduc à Adriana Salem) : « J’ai reçu “Le Voyeur”. Merci. Vous n’auriez pas reçu ma lettre dans laquelle je vous demande — je vous le demande encore — un sac en cuir noir comme celui de Simone de Beauvoir, mais pas en lézard, de la même forme que le sien. J’aurais l’illusion de gagner de l’argent. Mais est-ce trop coûteux pour vous ? Je vous embrasse. »
Cette femme lui envoie un mandat à Saint-Cirq-Lapopie lors de son séjour avec Michèle Causse et son amie de l’époque. Elle fera la même chose pour le premier voyage de Violette à Faucon. « Recevoir est une façon de se sentir aimée », écrit Carlo Jansiti.
Cependant, avec René Gallet, cet amant maçon plus jeune qu’elle a rencontré le 20 juillet 1958, elle agit de façon totalement inverse : c’est elle qui paie tout lors de leur voyage en Normandie. Le comportement différent de Violette Leduc réside-t-il dans le fait qu’elle se trouve dans une relation consommée, qu’elle ne soit pas dans un schéma impossible et platonique ? Elle sait aussi qu’il n’a pas d’argent, alors qu’elle peut demander, même abusivement, à ses bienfaiteurs. Avec René, elle partage la pauvreté, mais son statut d’écrivain la place tout de même au-dessus de lui. De la même manière, avec sa mère, elle se montre généreuse alors que le seul présent offert à Simone de Beauvoir qu’elle adorait est une montre Patek, après le succès de La Bâtarde. Elle ne fait pas de cadeaux en général, même pour remercier, et tout se monnaye, bien que les amis mécènes aient largement contribué à sa carrière littéraire. Par exemple, pour acquérir le manuscrit de Trésors à prendre, Jacques Guérin a dû payer 50 000 francs : « J’ai les cahiers de Trésors à prendre. Si vous les voulez, je vous les enverrai en paquet recommandé et vous me les paierez ce que vous voudrez par mandat. Le quotidien est difficile. Vous le comprendrez. »
Cette dépendance affective qu’elle a manifestée à l’égard de ses deux plus grands bienfaiteurs a souvent permis à Violette Leduc, comme on l’a dit, de se faire donner beaucoup d’argent. Ne travaillant pas, elle avait besoin d’un minimum de revenus pour vivre et pouvoir écrire. Grâce à ce mécénat et à cette bienveillance, elle a pu, peu à peu, connaissant tardivement le succès, s’éloigner matériellement de ses mécènes et, du même coup, sentimentalement.
Le succès arrive quand Violette Leduc a 57 ans. La réussite a été longuement attendue, espérée après des phases de découragement intense. Si elle a tenu, c’est grâce à Simone de Beauvoir qu’elle rencontrait les mardis, tous les quinze jours, qui lisait ses manuscrits, la conseillait, la motivait, la guidait. Sans son intervention, L’Asphyxie ne se serait sans doute pas retrouvé dans les mains d’Albert Camus. Cette rencontre a décidé de la carrière littéraire de Violette Leduc.
Avant de connaître le succès, et malgré l’adoration qu’elle porte à Simone de Beauvoir, on sent parfois poindre une jalousie envers elle, particulièrement au moment où elle reçoit le prix Goncourt pour Les Mandarins. Simone de Beauvoir se confie dans une lettre à Sartre : « Monique Lange m’avait raconté des histoires sur elle. Entre autres, quand j’ai eu le Goncourt, parlant des déjeuners que nous payons à tour de rôle selon un rite qu’elle m’avait imposé, elle dit à M.L. : “J’espère que maintenant on ne partagera plus.” M.L. a aussi l’impression qu’en un sens elle me hait. »
En dépit de ce soutien affectif et financier, quand le manuscrit de La Bâtarde est accepté en 1964 par Gallimard, les choses commencent à changer entre elle et sa bienfaitrice qui avait contribué à ce livre en écrivant une préface, ce qui lui donnait encore plus de chances d’être remarqué. Comme une prémonition, alors qu’elle est dans l’écriture de La Folie en tête, Violette note : « Quelle attente ? Celle de deux archanges. Ils me diront : “Tout va changer, c’est arrivé.” »
Elle devient une vedette du jour au lendemain : 100 000 exemplaires vendus ! Sa richesse soudaine ne change pas ses rapports compliqués à l’argent : chez Gallimard, elle offre un cocktail au rabais, comme le relate Lucienne Migneret en 1991 : « Par souci d’économie, Violette avait offert uniquement à boire. »
Son avarice est toujours frappante. Ses gains vont lui permettre de se détacher des gens qu’elle aime et qui l’ont soutenue.
Elle rembourse à contrecœur Simone de Beauvoir : c’est son éditeur qui l’y contraint et qui veut qu’elle rende les mensualités touchées depuis quatorze ans. Elle s’en est beaucoup plainte à Jacques Guérin.
Désormais, pour un article de journal, elle est payée 7 000 francs. L’argent et le succès lui donnent de l’assurance et vont même la conduire à rompre avec Jacques Guérin : l’argent est à l’origine de cette dispute. Elle lui reproche injustement de ne pas avoir participé aux frais médicaux de La Vallée-aux-Loups alors qu’il avait pris en charge une partie de ces frais même si Simone de Beauvoir s’y opposait : « Je ne lui ai jamais dit un mot de ce que j’avais fait pour elle. »
Ces rumeurs et mensonges agacent Guérin qui s’en explique directement avec Simone de Beauvoir par lettre : « Vous vous souvenez que nous nous étions mis d’accord, vous et moi, pour partager les frais de La Vallée aux Loups. J’ai donc, comme convenu, payé chaque mois une quinzaine de dépenses. » Il joint même les photocopies des factures.
Violette Leduc se range du côté de Simone de Beauvoir et montre encore une fois son ingratitude à l’égard de Jacques Guérin en écrivant ceci : « En effet, c’est donner beaucoup d’importance à une très petite contribution. Il se tait, moi aussi. »
C’est la raison officielle de la rupture entre Violette et Jacques. Mais n’est-ce pas un prétexte pour toutes ses frustrations amoureuses durant dix-sept ans ? Le succès, l’argent, les nouvelles rencontres l’éloignent de ses obsessions passées, peut-être l’en guérissent.
Même la relation avec Simone de Beauvoir perd de son intensité. Avec le succès, elle n’est plus ni mécène ni protectrice et, monde à l’envers, c’est Simone de Beauvoir, en 1969, qui se sent délaissée ! De son côté, Violette écrit, dans un passage inédit de La Folie en tête : « 12 octobre 1967 — Ma peine est silencieuse, ma peine est profonde : pas de nouvelles d’elle. J’ai reçu une lettre d’elle pour treize semaines d’absence. Je dois me rendre à l’évidence : c’est changé. Je ne peux pas lui écrire : je suis muette. Donc je suis douloureuse. Elle m’oublie. Pourquoi me rappellerais-je à son souvenir ? Ma résignation est infinie. C’est comme si je parcourais mes champs de tristesse et de désolations avec un bâillon. Le désespoir est un carnaval comparé à ma résignation, à ma soumission. Me reverra-t-elle ? Je me soumets déjà. Je vivrai sous un effondrement. »
Les nouveaux amis remplacent les anciennes amours. Violette Leduc a d’ailleurs rencontré en 1965 un jeune peintre homosexuel, Michel Warren, qui possède une galerie financée par un couple d’Américains et qui lui rappelle ses sentiments pour Sachs et Guérin. Avec lui, elle passe de nombreuses soirées arrosées. L’argent semble la venger de ce qu’elle n’a pas pu obtenir amoureusement. Elle a tellement d’assurance qu’elle va même jusqu’à refuser de prendre un verre avec Jean Genet en 1966 (Jean Genet qu’elle a aussi passionnément admiré). Parmi ses nouveaux amis, on compte Daniel Depland (romancier et voisin de Violette à Faucon) et Bernard Bos. L’indépendance financière lui fait faire peau neuve.
Dans l’une de ses dernières interviews, Violette parle de son ambition d’avoir un tombeau. Elle aimerait s’acheter une petite tombe qu’elle irait fleurir. La mort aussi est une dépense… Ce sont ses amis de fraîche date qui l’accompagnent dans ses derniers instants : Bernard Bos lui tient la main sur le chemin du retour de l’hôpital (et la dernière lettre écrite par Violette lui est adressée) ; Daniel Depland s’occupe de son cadavre, le lave et lui fait écouter de la musique. Mais, le jour de l’enterrement, les anciens mécènes ne sont même pas présents : Simone de Beauvoir et Jacques Guérin n’ont pas fait le déplacement jusqu’à Faucon.
Malgré tout, Violette Leduc a confié son testament littéraire à sa bienfaitrice de toujours. Si elle ne fait pas d’elle sa légataire universelle, comme initialement prévu (elle a révoqué ce testament), elle donne à Simone de Beauvoir le « soin de veiller après elle au respect de son œuvre et de prendre toutes les décisions concernant la publication de textes inédits ou correspondances », ce qu’elle fera en publiant, retouchant, préfaçant La Chasse à l’amour après la mort de sa protégée.
Violette Leduc a pu percer dans le milieu littéraire grâce à de nombreux amis qui ont contribué à la faire connaître par leur présence, leur affection, leur soutien pécuniaire. Le mécénat prend avec elle une autre dimension, puisqu’il mêle les sentiments à l’argent. Même avec les personnes qu’elle a passionnément aimées, Violette Leduc s’est montrée souvent avide — son avidité sentimentale étant tout aussi importante que ses besoins financiers ; et son écriture a dépendu de bienfaiteurs qui l’ont aimée, inspirée et qui lui ont permis de vivre.
