Voici l’histoire d’un jeune lieutenant de 36ans, déboussolé de se retrouver au milieu d’une tragédie, un peu perdu dans sa tranchée du côté de Verdun. Il s’est juré de veiller sur ses hommes, de les ramener à la maison. Il ne tiendra pas sa promesse. Il vient de Saint-Étienne, sa troupe se compose de mineurs, de paysans du Pilat ou de la plaine du Forez, aucun n’est fait pour la guerre. 1916 : un obus lui arrache la tête. Voici l’histoire d’un homme différent qui tient un cahier intime face aux soldats de l’Allemagne barbare, rédige des carnets de guerre, et puis un roman, et puis un essai philosophique, et puis des lettres à sa sœur, à sa tante… Il se souvient du passé, de ses parents, de la vie qu’il a menée. Il se rappelle ses amours disparues, les amantes négligées, le rêve d’une amoureuse parfaite qui n’est jamais venue. Ses voyages dans une Allemagne qu’il chérissait, son séjour dans un monastère toscan. Raconter sa vie avant de mourir, une dernière nécessité. Voici l’histoire de l’auteur de trois romans, qui a échoué d’un cheveur au Prix Goncourt et au Grand Prix de l’Académie française. Un écrivain que la critique littéraire encense déjà, que les maîtres de la littérature, admiratifs, acceptent en leur sein, Barrès, Bourget et quelques autres, qu’un jeune éditeur courtise et souhaite à tout prix publier ; il s’appelle Grasset…

Avec Un perdant sublime, son septième roman, Thierry Poyet raconte le destin singulier de cet homme d’exception. En effet, Émile Clermont appartient à ces êtres qui marquent les esprits et demeurent dans la mémoire de ceux qui les ont croisés. Ses amis le surnomment le « chercheur d’absolu ». Habité par une insatisfaction constante, il exprime à travers elle une exigence farouche, la quête d’une vie plus haute, plus pure. Au cœur de la Belle Époque, il rejette le matérialisme triomphant et déplore l’absence de transcendance de ses contemporains. Ses aspirations l’élèvent autant qu’elles séduisent ceux qui l’entourent. Il déroute, il attire. Il fascine. Sa beauté grave, son regard ténébreux trahissent un mystère intérieur: une âme tourmentée en quête de paix. D’une sensibilité rare, ce jeune intellectuel incarne son temps, curieux du progrès qui bouleverse la société, mais lucide face aux périls d’un monde en perte de repères. Jeune bourgeois bien né, en quête de fraternité, Émile Clermont interroge notre époque par la singularité de son parcours. Un siècle après sa mort, combien d’Émile Clermont pareillement désireux de renouer avec la noblesse des plus hautes aspirations ?
Un roman biographique n’est pas seulement un regard rétrospectif destiné à ressusciter un disparu trop longtemps oublié. Il porte un message d’avenir, une mise en garde sur nos propres existences, peut-être même un signal d’alarme adressé aux lecteurs. Avec Un perdant sublime, Thierry Poyet livre un récit qui éclaire 2025 à la lumière de 1916, notre monde saturé de progrès technologiques à celle du xxesiècle naissant, nos errances à celles d’une société au bord du cataclysme. Émile Clermont a vécu une vie d’une étonnante actualité. En lui, nous reconnaissons nos doutes, nos aspirations, nos failles ; une véritable figure romanesque, nourrie de nos propres réalités. Avec l’espoir, toutefois, de ne pas connaître son destin.
