Auteur à succès au Japon, Uketsu demeure un personnage des plus mystérieux. Toujours dissimulé derrière un masque blanc et rond, youtubeur très suivi, il ne livre que très peu d’informations à son sujet. De ce qu’on nous en dit sur Internet, il vivrait en Angleterre. Les éditions du Seuil publient cette année deux de ses romans sortis au Japon : Strange Pictures (2022) et Strange Houses (2021). Le principe est le même dans les deux livres : à partir d’images en apparence anodines, le lecteur est entraîné dans un univers inquiétant et tortueux.
Dans Strange Pictures, tout débute avec un simple dessin d’enfant : une petite fille représente une maison et un arbre abritant un oiseau. Rien de bien étrange, à première vue. Pourtant, en les analysant, les personnages découvrent des détails troublants qui les conduisent sur des chemins inattendus. Il est notamment question d’un blog — lui aussi en apparence ordinaire — auquel s’intéressent deux étudiants, Shûhei Sasaki et Kurihara. Pourquoi son auteur a-t-il cessé d’écrire du jour au lendemain, laissant derrière lui un message incompréhensible ? Et que cachent les dessins de sa femme, illustratrice de talent ?
On retrouve Kurihara dans Strange Houses (publié avant Strange Pictures dans sa version originale). Devenu architecte-concepteur, il est contacté par le narrateur, qui souhaite lui montrer les plans d’une maison qu’un ami envisage d’acheter. Si, pour le lecteur, tout semble normal, Kurihara perçoit immédiatement que quelque chose cloche : cette demeure n’aurait-elle pas abrité des meurtriers ? Pourquoi certaines pièces, comme la chambre d’enfants, sont-elles dépourvues de fenêtres ?
Uketsu livre ici des récits haletants, à la croisée du policier et de l’horreur psychologique. Le lecteur est entraîné sur de multiples pistes, appuyées par des dessins intégrés à l’intrigue, ce qui renforce l’immersion et le place au cœur du récit. Le style, sans être littéraire, se distingue par sa fluidité et par une construction narrative parfaitement maîtrisée. L’atmosphère fantastique et oppressante évoque parfois celle des classiques japonais du genre, tels que The Grudge. Les couvertures, fond noir et dessins en relief, sont superbes et participent au mystère. On referme ces livres avec une seule envie : replonger dans l’univers tortueux d’Uketsu, en attendant avec impatience la traduction du troisième volet de Strange Houses.
Seuil, 2025, 288 p., 19,90 €
