Bien connue des lecteurs de la revue Arpa, Colette Minois (1935-2023) nous a quittés en août 2023. En toute discrétion, elle s’en est allée rejoindre ce temps incertain qu’elle disait « suspendu au balancier lourd de l’été ». On lui doit plusieurs recueils de poésie, dont L’élégie des ombres, Petites mythologies de l’été, Brin d’herbe, Retrouverai-je mon jardin… et surtout les Corps songeurs parus, en 1977, aux regrettées éditions Chambelland. Repérée par Alain Bosquet, Colette Minois vivait en compagnie des chats et de ses écrivains préférés qui le lui rendaient bien puisqu’elle eut un temps une correspondance avec Marguerite Yourcenar. Nul doute que la poésie fut d’abord pour elle le lieu même du discours amoureux, le point d’ancrage lumineux d’une histoire forcément lacunaire, puisque son premier recueil, Les corps songeurs, parut l’année même où elle perdit l’homme de sa vie. Depuis ce drame initial, cette blessure à fleur de mots ne s’est jamais refermée. Colette Minois ne fit jamais vraiment son deuil de ce passé plus présent que jamais. Elle ne fit pas non plus de compromis sur le plan éditorial et ne vécut que dans le seul présent de l’écriture. Les chemins menant à la reconstruction de soi, passèrent, pour elle, par ce temps du silence qui prend parfois le nom de « poème » et par un certain renoncement à une voie toute tracée. Elle préféra ainsi la poésie au roman (ou à l’essai), la traversée de l’instant aux postulats narratifs de ses contemporains. À l’instar de Joe Bousquet, elle fut à la fin de sa vie, contrainte à l’immobilité physique et poursuivit ses voyages en poésie avec le corps qu’elle s’était choisi, un corps écrit, patiemment reconquis, par un jeu subtil de correspondances et de contre-lectures. « À 17 ans, avec ambition, notait-elle, en 2016, dans ses Encres et pointes sèches, j’aurais pu écrire : “Je voudrais être Proust et Colette à la fois.” Avec Colette, j’aurais du moins partagé, sinon le génie, les souffrances de sa fin de vie. Prisonnière. […] Clouée à résidence sur une chaise ou dans un fauteuil. » La revue Arpa où elle fut très active depuis 1982, lui rend aujourd’hui hommage. Mais il nous reste aussi ses Chroniques sur le vif où elle célébrait avec malice et perspicacité le bonheur de lire. Colette Minois était à sa manière une cueilleuse d’essences. « Une œuvre, écrivait-elle, c’est toujours le combat d’un doute contre toutes certitudes. » Son œuvre à elle est faite de cette encre dont se nourrissent nos vies. Nous ne l’oublierons pas.
Éditions Henry, 2020, 48 p., 8 €
Passages – Arpa n° 141-142, revue de poésie, 2023, 160 p., 25 €
Actes du silence – Arpa n° 148, 2025, 111 p., 13,50 €
