Dans Contes d’outre-mer, publié dans la collection « La France par ses contes », Jennifer Richard compose un recueil vibrant et habité, enraciné dans la diversité des territoires ultramarins. En treize contes, parfois sombres, souvent poétiques, toujours animés par une mémoire collective et intime, elle fait entendre les voix et les légendes de ces terres éloignées, leurs douleurs et leurs mystères.
Née d’un père normand et d’une mère guadeloupéenne, ayant grandi à Tahiti, Wallis-et-Futuna, Mayotte, en Nouvelle-Calédonie, avec des séjours en Guyane et à La Réunion, Jennifer Richard connaît intimement ces horizons. Cette expérience charnelle nourrit son écriture : chaque texte respire la justesse d’un lien vécu. L’eau, les volcans, les fantômes, les animaux parlants ou les malédictions forment le tissu symbolique d’un imaginaire enraciné dans la terre.
Plusieurs récits relèvent du conte étiologique : « La princesse et le poisson-rat » explique la naissance du Dziani Dzaha, lac-volcan de Mayotte, tandis qu’« Escale en terre Adélie » imagine l’origine du manchot. D’autres plongent dans un gothique tropical : « Emmanuel et le trésor de la Buse » réunit les fantômes d’un esclave et d’un pirate à La Réunion ; « L’habitation Zévellos » ranime les peurs d’une maison hantée en Guadeloupe.
Une veine animalière et écologique traverse le recueil : albatros et cormorans, dans « Escale aux îles Crozet » et « Escale sur Clipperton », y jugent l’avidité humaine. Ces fables, cruelles et légères à la fois, prolongent la tradition orale tout en la modernisant. À côté, des récits plus poétiques — comme « Les baleines de Nuku-Hiva » — célèbrent la beauté des légendes marquisiennes.
Deux textes se distinguent particulièrement : « Le baklou de Madame Auguste », fascinant portrait d’une commerçante de Guyane liée à un démon du folklore local, et « L’homme au bâton », où la mémoire familiale se heurte à la violence et au silence. Enfin, « Les naufragés » déroule une envoûtante errance maritime, entre rêve et malédiction.
Porté par une langue claire et musicale, Contes d’outre-mer conjugue la magie du mythe et la justesse du réel. L’ouvrage, orné d’une couverture inspirée d’une aquarelle du père de l’autrice, rappelle que les territoires d’outre-mer ne sont pas des marges, mais des mondes pleins — traversés de mythes, de douleurs et de beauté — où se joue une part de l’âme française.
Grasset, « La France par ses contes », 2025, 180 p., 15 €
