{"id":288,"date":"2025-11-11T14:17:36","date_gmt":"2025-11-11T13:17:36","guid":{"rendered":"http:\/\/litteraturesetcetera.fr\/?p=288"},"modified":"2026-04-16T10:12:23","modified_gmt":"2026-04-16T08:12:23","slug":"marcelle-tinayre-portrait-dune-rebelle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/litteraturesetcetera.fr\/index.php\/2025\/11\/11\/marcelle-tinayre-portrait-dune-rebelle\/","title":{"rendered":"Marcelle Tinayre\u00a0: portrait d\u2019une rebelle"},"content":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Ce ne sont pas les interviews, les articles biographiques des revues mondaines et les petits potins qui passent des bureaux de r\u00e9daction au public qui donneront une id\u00e9e exacte des romanci\u00e8res et des po\u00e9tesses.\u00a0\u00bb Ce constat sign\u00e9 Marcelle Tinayre conclut son article \u00ab\u00a0Bas-bleus et femmes de lettres\u00a0\u00bb paru le 3\u00a0octobre 1903 dans le journal <em>L\u2019Illustration<\/em>. \u00c0\u00a0la lecture de tels mots, on ne peut que s\u2019appliquer pour faire conna\u00eetre cette \u00e9crivaine fran\u00e7aise, c\u00e9l\u00e8bre en son temps, et malheureusement tomb\u00e9e dans l\u2019oubli aupr\u00e8s du grand public.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais par o\u00f9 commencer quand il s\u2019agit d\u2019\u00e9crire \u00e0 propos de Marcelle Tinayre\u2009? Par le d\u00e9but sans doute.<\/p>\n\n\n\n<p>Marcelle Chasteau est n\u00e9e le 8&nbsp;octobre 1870 au sein d\u2019une famille d\u2019intellectuels et d\u2019artistes. Son p\u00e8re \u00c9mile est dessinateur, et Louise, sa m\u00e8re, est institutrice et romanci\u00e8re. Elle a en outre publi\u00e9 quelques ouvrages de p\u00e9dagogie. Tr\u00e8s jeune, Marcelle se destine \u00e0 une carri\u00e8re litt\u00e9raire dans les pas des femmes de sa famille, sa m\u00e8re donc, mais aussi sa grand-m\u00e8re maternelle, Catherine Saigne n\u00e9e Bouyer, qui \u00e9tait po\u00e9tesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle n\u2019a que quatorze ans en 1884 quand son premier livre est publi\u00e9 sous un pseudonyme masculin, Charles Marcel. Toutefois, <em>Vivent les vacances<\/em> ne rencontrera que tr\u00e8s peu d\u2019\u00e9chos. Il en ira diff\u00e9remment avec <em>L\u2019Enfant gaulois<\/em>, son second roman paru en 1887, qui conna\u00eetra un succ\u00e8s d\u2019estime et sera r\u00e9guli\u00e8rement r\u00e9\u00e9dit\u00e9 par la librairie de l\u2019\u00c9ducation nationale pour r\u00e9compenser les \u00e9l\u00e8ves d\u2019un bon prix.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1889, elle \u00e9pouse l\u2019illustrateur et graveur sur bois Julien Tinayre, fils d\u2019une communarde \u00e9clair\u00e9e, Victoire Tinayre, qui avait fond\u00e9 \u00e0 Paris avec Fortun\u00e9 Henry et Louise Michel la Soci\u00e9t\u00e9 coop\u00e9rative des \u00e9quitables, inspir\u00e9e du courant socialiste. Apr\u00e8s la mort de son mari, fusill\u00e9 par erreur durant la Semaine sanglante tandis qu\u2019elle \u00e9tait elle-m\u00eame emprisonn\u00e9e, Victoire Tinayre s\u2019exile en Suisse puis en Hongrie avec ses enfants auxquels elle donne une \u00e9ducation solide. En 1898, trois ans apr\u00e8s sa mort, Marcelle rend un vibrant hommage \u00e0 sa belle-m\u00e8re dans le journal f\u00e9ministe <em>La&nbsp;Fronde<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Elle \u00e9tait \u00e0 Paris encore quand le mouvement communaliste commen\u00e7a. Jules Simon l\u2019avait charg\u00e9e de faire un rapport sur la r\u00e9organisation de l\u2019enseignement primaire et une femme plus ambitieuse e\u00fbt profit\u00e9 de l\u2019occasion pour se faire donner quelque grasse sin\u00e9cure. Mais elle rencontra Milli\u00e8re, Varlin, Vermorel, ses amis qui lui dirent&nbsp;: \u201cSoyez avec nous.\u201d Elle fut avec eux non comme une militante, non comme une de ces chim\u00e9riques p\u00e9troleuses qui exist\u00e8rent surtout dans l\u2019imagination des bourgeois affol\u00e9s, mais comme une s\u0153ur de charit\u00e9 la\u00efque, toute \u00e0 son r\u00f4le d\u2019ambulanci\u00e8re et d\u2019institutrice. Si ce fut un crime, ses enfants n\u2019en rougissent pas.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Victoire et Marcelle Tinayre pr\u00f4nent des f\u00e9minismes diff\u00e9rents&nbsp;: la premi\u00e8re est une r\u00e9volutionnaire, la seconde ne go\u00fbte gu\u00e8re la mode des suffragettes et laisse une bonne part \u00e0 l\u2019amour libre dans son militantisme. Question de g\u00e9n\u00e9rations. Toutefois, elles ont en commun cet esprit r\u00e9publicain et un engagement pour l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes chevill\u00e9 au corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Marcelle Tinayre publie coup sur coup ses deux premiers romans sous son vrai nom en 1894 chez Calmann-L\u00e9vy (chez qui elle publiera la plupart de ses \u0153uvres), <em>L\u2019Oiseau d\u2019orage<\/em> (suivi de <em>L\u2019Amiti\u00e9<\/em>) et <em>La&nbsp;Ran\u00e7on<\/em>. Ce dernier est empreint d\u2019un romantisme surann\u00e9 si propre \u00e0 la jeunesse que, lors de sa r\u00e9\u00e9dition en 1907, la romanci\u00e8re \u00ab&nbsp;prie [ses lecteurs] d\u2019accueillir avec indulgence cette histoire de deux amants inf\u00e9rieurs \u00e0 leur id\u00e9al, sup\u00e9rieurs \u00e0 leur destin\u00e9e, faibles devant la douleur d\u2019autrui, et contraints au st\u00e9rile sacrifice de leur grand et bel amour, parce qu\u2019ils ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le \u201cbon mensonge\u201d \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 lib\u00e9ratrice&nbsp;\u00bb. C\u2019est qu\u2019entre temps, elle est devenue une \u00e9crivaine accomplie et c\u00e9l\u00e8bre avec quatre publications \u00e0 succ\u00e8s&nbsp;: <em>Avant l\u2019amour<\/em> (1897), <em>Hell\u00e9<\/em> (1899), <em>La&nbsp;Maison du p\u00e9ch\u00e9<\/em> (1902) et <em>La&nbsp;Rebelle<\/em> (1905).<\/p>\n\n\n\n<p>Le f\u00e9minisme de Marcelle Tinayre revendique le droit de vote, le droit \u00e0 l\u2019avortement et l\u2019\u00e9galit\u00e9 homme-femme dans tous les domaines&nbsp;; elle ne veut plus que ses cons\u0153urs soient exclues de la vie publique et contraintes \u00e0 une vie domestique alors qu\u2019elles ont d\u2019autres aspirations. Pour l\u2019autrice, elle est le t\u00e9moin d\u2019une p\u00e9riode de transition. Elle n\u2019a pas l\u2019acharnement d\u2019une suffragette car elle est tout \u00e0 fait consciente que d\u00e9faire le patriarcat ne se fera pas en un jour. Dans <em>La&nbsp;Rebelle<\/em>, Mademoiselle Bon, une vieille fille, se montre d\u2019ailleurs tout \u00e0 fait lucide devant l\u2019exaltation de l\u2019h\u00e9ro\u00efne Josanne&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u2013&nbsp;Mari\u00e9es, elles ne peuvent pas s\u2019affranchir de l\u2019\u00e9poux&nbsp;; libres, elles ne veulent pas s\u2019affranchir de l\u2019amant\u2026 Ce sont des serves, comme \u00e9taient leurs m\u00e8res, comme le seront leurs filles\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Ce sont des femmes\u2009! dit mademoiselle Bon, en souriant. Elles sont n\u00e9es \u00e0 une \u00e9poque de transition, et elles se r\u00e9voltent contre une morale et des lois dont elles subissent la contrainte. De toutes parts, la soci\u00e9t\u00e9 limite l\u2019effet de leur r\u00e9bellion. Elles n\u2019accordent pas toujours leurs actes avec leurs id\u00e9es\u2009? \u2013&nbsp;Ainsi les anarchistes font leur service militaire et paient l\u2019imp\u00f4t. \u2013&nbsp;Elles gardent l\u2019instinct de la servitude amoureuse. \u2013&nbsp;N\u2019oubliez pas que les si\u00e8cles et les si\u00e8cles ont fa\u00e7onn\u00e9 leur sensibilit\u00e9 pour l\u2019ob\u00e9issance et le sacrifice.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Fait int\u00e9ressant dans ce roman, Josanne d\u00e9couvre le f\u00e9minisme gr\u00e2ce \u00e0 un homme, No\u00ebl Delysle&nbsp;; ce dernier a \u00e9crit un essai sur la question dont la lecture va la chambouler. Josanne reste d\u00e9vou\u00e9e \u00e0 son mari tandis qu\u2019elle fr\u00e9quente un amant dont elle tombe enceinte (elle fera en sorte que son \u00e9poux croie que l\u2019enfant est le sien). Le mari meurt et l\u2019amant en \u00e9pouse une autre. C\u2019est le f\u00e9minisme de No\u00ebl qui va la tenir debout, puis son amour. Ce dernier aura d\u2019ailleurs du mal \u00e0 concilier son id\u00e9ologie d\u2019\u00e9mancipation de la femme et sa jalousie amoureuse en observant Josanne se lib\u00e9rer. George Sand aurait pu \u00e9crire cette histoire. Rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 cela, Marcelle Tinayre \u00e9tait une admiratrice de la bonne dame de Nohant. Ne pas exclure les hommes du combat f\u00e9ministe (en les \u00e9duquant), c\u2019est aussi ce que pr\u00f4naient beaucoup d\u2019intellectuelles au d\u00e9but du xx<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Par exemple, Aurel \u00e9crit dans son petit pamphlet <em>Les&nbsp;Fran\u00e7aises devant l\u2019opinion masculine&nbsp;<\/em>: \u00ab&nbsp;Pas de bon f\u00e9minisme qui ne soit hoministe. Nous avons \u00e0 sauver l\u2019homme de l\u2019homme.&nbsp;\u00bb Discours qui n\u2019a pas pris une ride.<\/p>\n\n\n\n<p>Au tournant du nouveau si\u00e8cle, les illustrations d\u2019apr\u00e8s gravures ne sont plus \u00e0 la mode, petit \u00e0 petit remplac\u00e9es par la photographie&nbsp;; Julien Tinayre a beaucoup de mal \u00e0 travailler. C\u2019est Marcelle qui entretient le m\u00e9nage (le couple aura quatre enfants) avec ses succ\u00e8s litt\u00e9raires et qui trouve des contrats d\u2019illustrateur \u00e0 son mari gr\u00e2ce \u00e0 ses relations dans la presse et le monde de l\u2019\u00e9dition. Gagn\u00e9 par la d\u00e9pression, il finit par se suicider en 1923. Leur relation solide mais complexe a sans doute inspir\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9crivaine celle entre Josanne et son mari Pierre dans son roman <em>La&nbsp;Rebelle<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Marcelle Tinayre est une femme de son temps. Elle porte un regard ac\u00e9r\u00e9 sur son \u00e9poque en \u00e9crivant des articles dans diff\u00e9rents journaux, et en fr\u00e9quentant ses contemporaines intellectuelles avec lesquelles elle cofonde en 1904 le Prix Vie Heureuse, anc\u00eatre du Prix Femina, apr\u00e8s le scandale du Goncourt qui au dernier moment, cette ann\u00e9e-l\u00e0, pr\u00e9f\u00e9ra r\u00e9compenser L\u00e9on Frapi\u00e9 (<em>La&nbsp;Maternelle<\/em>) alors que <em>La&nbsp;Conqu\u00eate de J\u00e9rusalem<\/em> de Myriam Harry \u00e9tait pressenti (il faudra attendre 1944 avec <em>Le&nbsp;premier accroc co\u00fbte deux cents francs<\/em> d\u2019Elsa Triolet pour qu\u2019une femme remporte enfin le prestigieux Goncourt). Marcelle Tinayre pr\u00e9sidera le Prix Vie Heureuse en 1908, ann\u00e9e qui r\u00e9compensera \u00c9douard Estauni\u00e9 et son roman <em>La&nbsp;vie secr\u00e8te<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais 1908 est surtout marqu\u00e9e par \u00ab&nbsp;l\u2019affaire Tinayre&nbsp;\u00bb, qui fait les choux gras de la presse \u00e0 l\u2019\u00e9poque. En effet, le nom de la romanci\u00e8re circule comme possible r\u00e9cipiendaire de la L\u00e9gion d\u2019honneur apr\u00e8s que <em>Le&nbsp;Figaro<\/em> du 6&nbsp;janvier a laiss\u00e9 fuiter une liste non officielle. Mais cela ne l\u2019int\u00e9resse pas, ni en tant que femme ni en tant qu\u2019\u00e9crivaine, et elle le fait savoir d\u00e8s qu\u2019elle en a l\u2019occasion dans les salons qu\u2019elle fr\u00e9quente. Plusieurs raisons sont invoqu\u00e9es par l\u2019int\u00e9ress\u00e9e&nbsp;: une notori\u00e9t\u00e9 pour quelque chose qu\u2019elle n\u2019a pas sollicit\u00e9 et qu\u2019elle n\u2019est pas pr\u00eate \u00e0 g\u00e9rer, mais aussi un sentiment ridicule teint\u00e9 d\u2019ill\u00e9gitimit\u00e9. C\u2019est une lettre pleine d\u2019humour \u00e9crite de sa main au directeur du journal <em>Le&nbsp;Temps<\/em>, et publi\u00e9e le 8&nbsp;janvier sans son accord, qui met le feu aux poudres. Extrait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne porterai pas ce joli ruban et cette jolie croix, parce que je ne pourrai plus aller en tramway ou dans le M\u00e9tro sans susciter la curiosit\u00e9 de mes voisins. \u201cTiens, penseraient-ils, voil\u00e0 une femme qui a d\u00fb \u00eatre religieuse et soigner des pestif\u00e9r\u00e9s\u2026 Elle est bien jeune, tout de m\u00eame, pour avoir \u00e9t\u00e9 cantini\u00e8re en 1870\u2009!\u201d Alors\u2009? Non, non, \u00e7a me g\u00eanerait\u2009!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le 13&nbsp;janvier, <em>Le&nbsp;Figaro<\/em> r\u00e9plique par un dessin repr\u00e9sentant une religieuse sign\u00e9 Jean-Louis Forain et l\u00e9gend\u00e9 \u00ab&nbsp;Celles qui n\u2019\u00e9crivent pas&nbsp;\u00bb. Ce m\u00eame Forain qui dira que \u00ab&nbsp;\u00e7a doit \u00eatre excitant de bouffer le cul d\u2019une l\u00e9gionnaire\u2009!&nbsp;\u00bb&nbsp;; propos rapport\u00e9 par Marcel Proust, alors chroniqueur au <em>Figaro<\/em>, dans une lettre adress\u00e9e \u00e0 Reynaldo Hahn. Le&nbsp;14, le quotidien continue de se d\u00e9lecter&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les croix des beaux-arts sont celles que nous avons d\u00e9j\u00e0 fait conna\u00eetre, sauf une, dont il \u00e9tait facile de pr\u00e9voir l\u2019\u00e9chec apr\u00e8s tout le bruit qu\u2019elle a si malencontreusement caus\u00e9 ces jours-ci. La croix de Mme&nbsp;Tinayre ne figurera pas, en effet, dans la promotion.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s lors, quoi qu\u2019elle fasse, Marcelle Tinayre se trouve dans la tourmente. La presse se divise en deux cat\u00e9gories&nbsp;: celle qui la soutient, et celle qui la d\u00e9teste. Comme elle est n\u00e9e \u00e0 Tulle, elle est alors qualifi\u00e9e de \u00ab&nbsp;Limousine&nbsp;\u00bb par ses d\u00e9tracteurs. Et quand l\u2019ann\u00e9e suivante, elle publie un nouveau roman tr\u00e8s attendu, <em>L\u2019Ombre de l\u2019amour<\/em>, il est, sans commune mesure, ou bien qualifi\u00e9 de chef-d\u2019\u0153uvre absolu, ou bien consid\u00e9r\u00e9 comme une tr\u00e8s mauvaise et exasp\u00e9rante \u00e9ni\u00e8me version de <em>Madame Bovary<\/em> \u00e9crite par une femme qui s\u2019ennuie comme son sujet. Guillaume Apollinaire, sous le pseudonyme de Louise Lalanne, \u00e9crit dans le journal <em>Les&nbsp;Marges<\/em> que \u00ab&nbsp;la plus belle qualit\u00e9 de Mme&nbsp;Tinayre doit \u00eatre l\u2019ent\u00eatement, mais elle ne se soucie ni du go\u00fbt, ni de la gr\u00e2ce&nbsp;\u00bb, tout en admettant ne pas avoir lu le livre en entier \u2014&nbsp;\u00ab&nbsp;J\u2019ai lu de ce roman les parties essentielles&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, bien que f\u00e9ministe et tr\u00e8s critique envers son temps, Marcelle Tinayre n\u2019en est pas moins patriote, et prouve que l\u2019on peut refuser la L\u00e9gion d\u2019honneur tout en aimant la France. En effet, en 1915, au d\u00e9but de la Grande Guerre, elle publie <em>La&nbsp;veill\u00e9e des armes \u2013&nbsp;le d\u00e9part&nbsp;: ao\u00fbt&nbsp;1914<\/em>, un roman bouleversant qui retranscrit les soixante-douze heures, du 31&nbsp;juillet au 2&nbsp;ao\u00fbt 1914, de la mobilisation aux premiers d\u00e9parts. Il s\u2019agit d\u2019une fresque fran\u00e7aise, intimiste par endroits, qui d\u00e9crit \u00e0 la fois l\u2019effervescence nationale et l\u2019effroi populaire \u00e0 l\u2019annonce du conflit avec l\u2019Allemagne. La sc\u00e8ne d\u2019adieu entre Simone et Fran\u00e7ois est saisissante de r\u00e9alisme, et l\u2019historien Alain Quella-Vill\u00e9ger a raison de parler de reportage voire de chronique sociale en \u00e9voquant ce livre&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u2013&nbsp;Je n\u2019ai que toi\u2009!\u2026 Je n\u2019ai que toi\u2009! redisait-elle dans une sorte de d\u00e9lire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il essayait de la calmer. Mais quand il voulut lui expliquer les dispositions qu\u2019il avait prises, et comment elle pourrait vivre, \u201cen cas de malheur\u201d, elle le b\u00e2illonna d\u2019une caresse.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Non\u2009! Je ne peux pas t\u2019entendre\u2009!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Mais il faut bien\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Non\u2009!\u2026 Non\u2009! cria-t-elle en sanglotant. Non\u2009!\u2026 je ne veux pas\u2026 Crois-tu donc que je te survivrais\u2009?\u2026 Ne m\u2019aimes-tu pas comme je t\u2019aime\u2009?\u2026 Je te laisse partir, je te donne \u00e0 la France, mais, si tu me manques, je n\u2019aurai pas besoin de vouloir mourir\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>De quel ab\u00eeme montait ce cri de femme\u2009! Qu\u2019elle souffrait, qu\u2019elle allait souffrir, cette fr\u00eale Simone, cette tendre Simone, cette Simone ch\u00e9rie, que Fran\u00e7ois aurait voulu, f\u00fbt-ce au prix d\u2019un martyre, d\u00e9fendre contre la douleur\u2009! Certes, il ne renia pas une seconde le vieil id\u00e9al d\u2019honneur qui avait, en lui, la force d\u2019un instinct&nbsp;; pas une seconde sa volont\u00e9 ne fl\u00e9chit&nbsp;; il ne cessa pas d\u2019\u00eatre lui-m\u00eame, mais sa sensibilit\u00e9 d\u00e9chir\u00e9e jeta une plainte secr\u00e8te\u2026 Il \u00e9puisa, dans un seul frisson, toutes les affres de la s\u00e9paration et de la mort, et, pressant contre lui le corps ador\u00e9, il pleura, lui aussi, sans honte, ces larmes d\u2019homme, rares et lentes, qui coulent \u00e0 peine et font plus de mal que le sang d\u2019une blessure.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La guerre, celle des hommes, c\u2019est aussi et surtout l\u2019occasion pour Marcelle Tinayre de parler des femmes. Ces personnages f\u00e9minins doutent, sont effray\u00e9s de voir partir maris, fr\u00e8res et fils, alors que les m\u00e2les guerriers n\u2019ont gu\u00e8re le choix de la r\u00e9flexion. Elle pressent qu\u2019un autre combat attend les femmes quand le conflit sera termin\u00e9&nbsp;; celui de leur \u00e9mancipation.<\/p>\n\n\n\n<p>Marcelle Tinayre se montrait aussi tr\u00e8s critique envers le clerg\u00e9 et l\u2019extr\u00e9misme religieux. C\u2019est tout le sujet de son roman <em>La&nbsp;Maison du p\u00e9ch\u00e9<\/em> o\u00f9 Augustin, \u00e9duqu\u00e9 dans le jans\u00e9nisme par une m\u00e8re bigote et acari\u00e2tre, ne peut se r\u00e9soudre \u00e0 \u00e9couter son c\u0153ur et \u00e0 aimer Fanny, une femme artiste, libre et enjou\u00e9e. Augustin meurt d\u2019une maladie, et d\u2019amour&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Un Dieu\u2009!\u2026 Un Dieu qui tue nos enfants\u2009!\u2026 Non, non, ce n\u2019est pas vrai\u2026 Il n\u2019y en a point\u2009!\u2026 Il n\u2019y a pas de justice\u2026 On a tu\u00e9 notre Augustin avec des mensonges\u2026 Il meurt pour rien\u2026 pour rien\u2009!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On retrouve ce genre de sentiment religieux exacerb\u00e9 dans bon nombre de livres de Selma Lagerl\u00f6f, romanci\u00e8re su\u00e9doise, premi\u00e8re femme \u00e0 recevoir le prix Nobel de litt\u00e9rature en 1909, et dont Marcelle Tinayre est une fervente admiratrice. En visite en Scandinavie, la rencontre entre les deux femmes n\u2019a pu avoir lieu\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Mais j\u2019ai eu, au Skansen et dans la campagne su\u00e9doise, un autre guide qui me parlait tout bas, dans le silence de mon r\u00eave, et qui me disait de merveilleuses paroles. C\u2019est vous, Selma Lagerl\u00f6f, femme de g\u00e9nie que je n\u2019ai pu voir, h\u00e9las\u2009! [\u2026] C\u2019est vous, \u00e2me et voix de la Su\u00e8de, incantatrice qui ressuscitez les morts et leur rendez une vie immortelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Combien je vous admire et vous aime, je ne l\u2019aurai pas dit, \u00f4&nbsp;solitaire qui vivez dans une retraite dal\u00e9carlienne\u2009! Mais sachez-le, si jamais vous lisez ces lignes&nbsp;: au lieu d\u2019emporter des ouvrages savants, j\u2019ai pris tout simplement le <em>Voyage merveilleux de Nils Holgersson<\/em>, ce chef-d\u2019\u0153uvre \u00e9crit par vous pour les enfants des \u00e9coles primaires.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Selma Lagerl\u00f6f et Marcelle Tinayre ont aussi en commun le go\u00fbt pour la nature, l\u2019esth\u00e9tisme et les petites communaut\u00e9s de campagne. Elles ont l\u2019art de d\u00e9peindre les relations h\u00e9sitantes entre les hommes et les femmes, mais aussi la complexit\u00e9 des rapports entre les \u00eatres, notamment en dessinant dans leurs romans respectifs cette opposition constante entre le go\u00fbt de la libert\u00e9 et l\u2019affranchissement des conventions sociales d\u2019une part, et le respect de la tradition et le maintien dans l\u2019ignorance d\u2019autre part. En outre, des romans de Marcelle Tinayre comme <em>Pers\u00e9phone <\/em>(1920) et <em>Le&nbsp;Bouclier d\u2019Alexandre<\/em> (1922), inspir\u00e9s par un s\u00e9jour en Gr\u00e8ce, sont clairement dans la veine litt\u00e9raire de l\u2019autrice scandinave qui joue avec le genre fantastique.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019entre-deux-guerres se r\u00e9v\u00e8le plus compliqu\u00e9 pour l\u2019\u00e9crivaine qui peine \u00e0 retrouver le succ\u00e8s litt\u00e9raire, d\u2019autant qu\u2019elle se met \u00e0 dos les intellectuels de gauche et une bonne partie de la critique en traduisant et pr\u00e9fa\u00e7ant <em>Le&nbsp;Livre proscrit<\/em> de C\u00e9cile de&nbsp;Tormay, une romanci\u00e8re hongroise controvers\u00e9e qui d\u00e9nonce dans ce livre le nouveau r\u00e9gime communiste de B\u00e9la Kun et dans lequel elle tient des propos antis\u00e9mites. Plus tard, elle se r\u00e9v\u00e9lera grande admiratrice de Mussolini et d\u2019Hitler, ce qui n\u2019arrangera pas la nouvelle r\u00e9putation de Marcelle Tinayre qui, \u00e0 l\u2019origine, s\u2019\u00e9tait int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 ce livre seulement parce qu\u2019il parlait de la Hongrie, patrie d\u2019adoption de son d\u00e9funt mari. Sous l\u2019Occupation, dans un naufrage intellectuel ou par arrivisme \u00e9hont\u00e9, Marcelle Tinayre collaborera dans des revues p\u00e9tainistes et ira jusqu\u2019\u00e0 renier une part de son f\u00e9minisme en d\u00e9non\u00e7ant les femmes <em>\u00ab&nbsp;qui refusent la charge physique de l\u2019enfant&nbsp;\u00bb.<\/em> Elle qui, autrefois, avait \u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La soci\u00e9t\u00e9, telle qu\u2019elle existe, offre aux femmes deux ou trois situations types entre lesquelles il leur faut choisir. Il y a l\u2019\u00e9pouse, la vieille fille, la courtisane. Pas de r\u00e9gions interm\u00e9diaires entre le mariage, le c\u00e9libat et la prostitution. Hors de ces cat\u00e9gories, la femme est une juive errante dont on ne peut d\u00e9finir la position, \u00e0 qui l\u2019on refuse le respect d\u00fb \u00e0 l\u2019\u00e9pouse et \u00e0 la demoiselle c\u00e9libataire, sans lui accorder les b\u00e9n\u00e9fices sp\u00e9ciaux \u00e0 l\u2019h\u00e9ta\u00efre \u2014&nbsp;b\u00e9n\u00e9fices qu\u2019on ne tient pas \u00e0 revendiquer.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Marcelle Tinayre fut une femme de grande renomm\u00e9e et aux succ\u00e8s immenses. Certains de ses romans comme <em>Hell\u00e9<\/em>, <em>La&nbsp;maison du p\u00e9ch\u00e9<\/em> ou <em>La&nbsp;Rebelle<\/em> ont largement d\u00e9pass\u00e9 les cent mille ventes et connurent jusqu\u2019\u00e0 quarante r\u00e9\u00e9ditions. L\u2019\u00e9crivain James Joyce \u00e9crira \u00e0 propos de <em>La&nbsp;maison du p\u00e9ch\u00e9<\/em> que \u00ab&nbsp;l\u2019histoire est trait\u00e9e avec une telle ma\u00eetrise et une telle originalit\u00e9 qu\u2019elle se classe bien au-dessus du roman de Paul Bourget&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Et pourtant, elle s\u2019\u00e9teint le 23&nbsp;ao\u00fbt 1948 dans une indiff\u00e9rence presque totale de la part de ses contemporains.<\/p>\n\n\n\n<p>Retranscription d\u2019une lettre in\u00e9dite de Marcelle Tinayre<\/p>\n\n\n\n<p>Nous profitons de la r\u00e9daction de cet article pour faire conna\u00eetre cette lettre de Marcelle Tinayre adress\u00e9e \u00e0 une admiratrice et po\u00e9tesse (la f\u00e9minisation des termes n\u2019\u00e9tait pas encore en discussion \u00e0 cette \u00e9poque) qui lui avait \u00e9crit au pr\u00e9alable, et visiblement \u00e0 propos de l\u2019amour&nbsp;; sa correspondante lui aurait list\u00e9 diff\u00e9rents types d\u2019amour et demand\u00e9 de lui dire lequel lui semblait le meilleur \u00e0 ressentir.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons trouv\u00e9 cette missive dans un exemplaire original de <em>La&nbsp;maison du p\u00e9ch\u00e9<\/em> acquis chez un bouquiniste \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9&nbsp;2022.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Paris, 10&nbsp;juin 1902<\/em><br>Madame et cher confr\u00e8re,<br>Je serai charm\u00e9e d\u2019\u00eatre agr\u00e9able \u00e0 l\u2019aimable femme et au charmant po\u00e8te que vous \u00eates, mais votre question m\u2019embarrasse fort.<br>L\u2019\u00ab&nbsp;amour suppliant&nbsp;\u00bb des vieillards ne m\u2019inspirerait gu\u00e8re que de la piti\u00e9&nbsp;; je n\u2019ai pas une grande confiance dans l\u2019\u00ab&nbsp;amour imp\u00e9rieux&nbsp;\u00bb des jeunes hommes&nbsp;; Dieu me garde surtout de l\u2019\u00ab&nbsp;amour fi\u00e9vreux des faibles&nbsp;\u00bb et de l\u2019\u00ab&nbsp;amour troublant des fous&nbsp;\u00bb. L\u2019\u00ab&nbsp;amour riant des gais&nbsp;\u00bb ne me s\u00e9duirait gu\u00e8re que tr\u00e8s m\u00e9diocrement&nbsp;; je pr\u00e9f\u00e8rerais peut-\u00eatre \u00ab&nbsp;l\u2019amour profond des tristes&nbsp;\u00bb mais je suis tr\u00e8s sceptique quant \u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019amour sublime des artistes&nbsp;\u00bb.<br>Quel est le meilleur amour\u2009?\u2026 Je ne sais. Celui qu\u2019on \u00e9prouve \u2014&nbsp;il faut qu\u2019on l\u2019\u00e9prouve&nbsp;\u2014&nbsp;para\u00eet toujours le meilleur \u2014&nbsp;mais le pire n\u2019est-ce pas l\u2019\u00ab&nbsp;amour gendelettre&nbsp;\u00bb oubli\u00e9 dans votre spirituelle \u00e9num\u00e9ration\u2009?<br>Tous les amours seraient beaux et bons si tous les amants, hommes et femmes, savaient aimer avec force, tendresse, et loyaut\u00e9. Tant vaut l\u2019amant, tant vaut l\u2019amour \u2014&nbsp;et la plupart du temps, il ne vaut pas grand-chose&nbsp;; il est d\u00e9cevant et douloureux.<br>Le meilleur amour est sans doute celui qu\u2019on ne \u00ab&nbsp;r\u00e9alise&nbsp;\u00bb pas.<br>Tel est mon sentiment, tr\u00e8s sinc\u00e8re.<br>Recevez, Madame et cher confr\u00e8re, l\u2019assurance de toute ma sympathie.<br><em>Marcelle Tinayre<\/em><br>Je suis heureuse que <em>La&nbsp;Maison du p\u00e9ch\u00e9 vous ait plu.<\/em> Ne pourriez-vous me faire parvenir votre dernier livre\u2009? J\u2019en parlerais avec plaisir dans<em> la Mode Pratique.<\/em><br><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n<!--themify_builder_content-->\n<div id=\"themify_builder_content-288\" data-postid=\"288\" class=\"themify_builder_content themify_builder_content-288 themify_builder tf_clear\">\n    <\/div>\n<!--\/themify_builder_content-->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Ce ne sont pas les interviews, les articles biographiques des revues mondaines et les petits potins qui passent des bureaux de r\u00e9daction au public qui donneront une id\u00e9e exacte des romanci\u00e8res et des po\u00e9tesses.\u00a0\u00bb Ce constat sign\u00e9 Marcelle Tinayre conclut son article \u00ab\u00a0Bas-bleus et femmes de lettres\u00a0\u00bb paru le 3\u00a0octobre 1903 dans le journal L\u2019Illustration. 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