{"id":256,"date":"2025-11-11T04:07:31","date_gmt":"2025-11-11T03:07:31","guid":{"rendered":"http:\/\/litteraturesetcetera.fr\/?p=256"},"modified":"2026-04-16T10:12:23","modified_gmt":"2026-04-16T08:12:23","slug":"archives-victor-hugo-et-alexandre-dumas-sur-le-roman-historique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/litteraturesetcetera.fr\/index.php\/2025\/11\/11\/archives-victor-hugo-et-alexandre-dumas-sur-le-roman-historique\/","title":{"rendered":"Archives \/ Victor Hugo et Alexandre Dumas sur le roman historique"},"content":{"rendered":"<h2 class=\"wp-block-heading\">Joseph Vebret<\/h2>\n\n\n\n<p>Le roman historique, en tant que genre, s\u2019est profond\u00e9ment transform\u00e9 au tournant du xix<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Walter Scott (1771-1832). Longtemps, l\u2019Histoire \u00e9tait demeur\u00e9e un r\u00e9servoir de faits, de chroniques et de l\u00e9gendes, mais elle servait rarement de cadre romanesque vivant, peupl\u00e9 de personnages en proie aux passions et aux bouleversements de leur temps. En publiant <em>Waverley<\/em>, en 1814, puis une s\u00e9rie de r\u00e9cits qui m\u00ealaient l\u2019intrigue individuelle aux grands \u00e9v\u00e9nements politiques et sociaux, Scott inaugure une nouvelle mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire, o\u00f9 l\u2019imaginaire s\u2019articule \u00e0 la m\u00e9moire des peuples. Il conf\u00e8re \u00e0 l\u2019Histoire une densit\u00e9 romanesque in\u00e9dite et, inversement, donne au roman une profondeur historique qui d\u00e9passe la simple fiction. Mais, \u00e0 l\u2019inverse de Dumas, par exemple, qui fait \u00e9voluer des personnages historiques dans ses romans, Walter Scott cr\u00e9e des personnages de fiction, qui jouent un r\u00f4le secondaire au regard de l\u2019Histoire, pour camper les h\u00e9ros de son intrigue.<\/p>\n\n\n\n<p>Walter Scott a fa\u00e7onn\u00e9 les fondements du roman historique moderne en examinant \u00e0 la fois l\u2019Histoire comme th\u00e9\u00e2tre de conflits collectifs et la mani\u00e8re dont ses personnages incarnent la tension entre destin personnel et destin national. Comprendre l\u2019apport de Scott, c\u2019est ainsi \u00e9clairer non seulement l\u2019essor d\u2019un genre litt\u00e9raire qui conna\u00eet au xix\u1d49&nbsp;si\u00e8cle une immense post\u00e9rit\u00e9 en Europe et en France, mais aussi la relation nouvelle que la litt\u00e9rature \u00e9tablit entre le r\u00e9cit et la m\u00e9moire historique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 une douzaine d\u2019ann\u00e9es d\u2019\u00e9cart, Victor Hugo et Alexandre Dumas ont livr\u00e9 leur conception du roman historique, en faisant tous les deux r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Walter Scott.<\/p>\n\n\n\n<p>Victor Hugo, qui vient de publier <em>Han d\u2019Islande<\/em>, et alors m\u00eame qu\u2019il s\u2019impose dans les cercles litt\u00e9raires du romantisme naissant, a \u00e9crit sur Walter Scott en 1823 un article publi\u00e9 au sein de la revue romantique <em>La Muse fran\u00e7aise<\/em>. Cette intervention para\u00eet en juillet, juste apr\u00e8s la publication du roman <em>Quentin Durward<\/em> de Scott, et constitue \u00e0 la fois un \u00e9loge du talent du romancier britannique et une r\u00e9flexion critique sur son choix des th\u00e8mes historiques, notamment l\u2019incarnation du roi Louis&nbsp;XI.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant Dumas et la grande p\u00e9riode romantique qui vit na\u00eetre le roman populaire, l\u2019histoire \u00e9tait le sujet d\u2019ouvrages de souvenirs ou de m\u00e9moires dont les auteurs avaient tendance \u00e0 s\u2019attribuer la plus belle part. Michelet n\u2019a pas encore jet\u00e9 les bases de l\u2019essai historique, cens\u00e9 restituer les faits dans leur v\u00e9rit\u00e9. Et qu\u2019importe si les romanciers prennent des libert\u00e9s. Dumas s\u2019en explique dans un texte fondateur, la pr\u00e9face de <em>La&nbsp;Comtesse de Salisbury<\/em>, premier roman-feuilleton de la litt\u00e9rature, parut dans <em>La Presse<\/em>, de juillet \u00e0 septembre&nbsp;1836, qui cherche sa voie entre le livre d\u2019histoire et l\u2019ouvrage de fiction. Par la suite, Dumas affirmera que \u00ab&nbsp;l\u2019histoire est un clou&nbsp;\u00bb auquel il \u00ab&nbsp;accroche&nbsp;\u00bb ses romans, allant jusqu\u2019\u00e0 avancer qu\u2019il est permis de \u00ab&nbsp;violer l\u2019histoire&nbsp;\u00bb, \u00e0 condition de \u00ab&nbsp;lui faire de beaux enfants&nbsp;\u00bb. En cela, Dumas n\u2019est pas un historien, mais un raconteur d\u2019histoires tir\u00e9es de l\u2019Histoire. Il n\u2019en reste pas moins que nombre de ses romans historiques contiennent des passages r\u00e9dig\u00e9s avec l\u2019indispensable rigueur de l\u2019historien.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><em>SUR WALTER SCOTT &#8211; <\/em>Victor Hugo<\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 propos de Quentin Durward<\/h2>\n\n\n\n<p>Certes, il y a quelque chose de bizarre et de merveilleux dans le talent de cet homme, qui dispose de son lecteur comme le vent dispose d\u2019une feuille&nbsp;; qui le prom\u00e8ne \u00e0 son gr\u00e9 dans tous les lieux et dans tous les temps&nbsp;; lui d\u00e9voile, en se jouant, le plus secret repli du c\u0153ur, comme le plus myst\u00e9rieux ph\u00e9nom\u00e8ne de la nature, comme la page la plus obscure de l\u2019histoire&nbsp;; dont l\u2019imagination domine et caresse toutes les imaginations, rev\u00eat avec la m\u00eame \u00e9tonnante v\u00e9rit\u00e9 le haillon du mendiant et la robe du roi, prend toutes les allures, adopte tous les v\u00eatements, parle tous les langages&nbsp;; laisse \u00e0 la physionomie des si\u00e8cles ce que la sagesse de Dieu a mis d\u2019immuable et d\u2019\u00e9ternel dans leurs traits, et ce que les folies des hommes y ont jet\u00e9 de variable et de passager&nbsp;; ne force pas, ainsi que certains romanciers ignorants, les personnages des jours pass\u00e9s \u00e0 s\u2019enluminer de notre fard, \u00e0 se frotter de notre vernis&nbsp;; mais contraint, par son pouvoir magique, les lecteurs contemporains \u00e0 reprendre, du moins pour quelques heures, l\u2019esprit, aujourd\u2019hui si d\u00e9daign\u00e9, des vieux temps, comme un sage et adroit conseiller qui invite des fils ingrats \u00e0 revenir chez leur p\u00e8re. L\u2019habile magicien veut cependant avant tout \u00eatre exact. Il ne refuse \u00e0 sa plume aucune v\u00e9rit\u00e9, pas m\u00eame celle qui na\u00eet de la peinture de l\u2019erreur, cette fille des hommes qu\u2019on pourrait croire immortelle si son humeur capricieuse et changeante ne rassurait sur son \u00e9ternit\u00e9. Peu d\u2019historiens sont aussi fid\u00e8les que ce romancier. On sent qu\u2019il a voulu que ses portraits fussent des tableaux, et ses tableaux des portraits. Il nous peint nos devanciers avec leurs passions, leurs vices et leurs crimes, mais de sorte que l\u2019instabilit\u00e9 des superstitions et l\u2019impi\u00e9t\u00e9 du fanatisme n\u2019en fassent que mieux ressortir la p\u00e9rennit\u00e9 de la religion et la saintet\u00e9 des croyances. Nous aimons d\u2019ailleurs \u00e0 retrouver nos anc\u00eatres avec leurs pr\u00e9jug\u00e9s, souvent si nobles et si salutaires, comme avec leurs beaux panaches et leurs bonnes cuirasses.<\/p>\n\n\n\n<p>Walter Scott a su puiser aux sources de la nature et de la v\u00e9rit\u00e9 un genre inconnu, qui est nouveau parce qu\u2019il se fait aussi ancien qu\u2019il le veut. Walter Scott allie \u00e0 la minutieuse exactitude des chroniques la majestueuse grandeur de l\u2019histoire et l\u2019int\u00e9r\u00eat pressant du roman&nbsp;; g\u00e9nie puissant et curieux qui devine le pass\u00e9&nbsp;; pinceau vrai qui trace un portrait fid\u00e8le d\u2019apr\u00e8s une ombre confuse, et nous force \u00e0 reconna\u00eetre m\u00eame ce que nous n\u2019avons pas vu&nbsp;;&nbsp;esprit flexible et solide qui s\u2019empreint du cachet particulier de chaque si\u00e8cle et de chaque pays, comme une cire molle, et conserve cette empreinte pour la post\u00e9rit\u00e9 comme un bronze ind\u00e9l\u00e9bile.<\/p>\n\n\n\n<p>Peu d\u2019\u00e9crivains ont aussi bien rempli que Walter Scott les devoirs du romancier relativement \u00e0 son art et \u00e0 son si\u00e8cle&nbsp;; car ce serait une erreur presque coupable dans l\u2019homme de lettres que de se croire au-dessus de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et des besoins nationaux, d\u2019exempter son esprit de toute action sur les contemporains, et d\u2019isoler sa vie \u00e9go\u00efste de la grande vie du corps social. Et qui donc se d\u00e9vouera, si ce n\u2019est le po\u00e8te\u2009? Quelle voix s\u2019\u00e9l\u00e8vera dans l\u2019orage, si ce n\u2019est celle de la lyre qui peut le calmer\u2009? Et qui bravera les haines de l\u2019anarchie et les d\u00e9dains du despotisme, sinon celui auquel la sagesse antique attribuait le pouvoir de r\u00e9concilier les peuples et les rois, et auquel la sagesse moderne a donn\u00e9 celui de les diviser\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est donc point \u00e0 de doucereuses galanteries, \u00e0 de mesquines intrigues, \u00e0 de sales aventures, que Walter Scott voue son talent. Averti par l\u2019instinct de sa gloire, il a senti qu\u2019il fallait quelque chose de plus \u00e0 une g\u00e9n\u00e9ration qui vient d\u2019\u00e9crire de son sang et de ses larmes la page la plus extraordinaire de toutes les histoires humaines. Les temps qui ont imm\u00e9diatement pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et imm\u00e9diatement suivi notre convulsive r\u00e9volution \u00e9taient de ces \u00e9poques d\u2019affaissement que le fi\u00e9vreux \u00e9prouve avant et apr\u00e8s ses acc\u00e8s. Alors les livres les plus platement atroces, les plus stupidement impies, les plus monstrueusement obsc\u00e8nes, \u00e9taient avidement d\u00e9vor\u00e9s par une soci\u00e9t\u00e9 malade&nbsp;; dont les go\u00fbts d\u00e9prav\u00e9s et les facult\u00e9s engourdies eussent rejet\u00e9 tout aliment savoureux ou salutaire. C\u2019est ce qui explique ces triomphes scandaleux, d\u00e9cern\u00e9s alors par les pl\u00e9b\u00e9iens des salons et les patriciens des \u00e9choppes \u00e0 des \u00e9crivains ineptes ou graveleux, que nous d\u00e9daignerons de nommer, lesquels en sont r\u00e9duits aujourd\u2019hui \u00e0 mendier l\u2019applaudissement des laquais et le rire des prostitu\u00e9es. Maintenant la popularit\u00e9 n\u2019est plus distribu\u00e9e par la populace, elle vient de la seule source qui puisse lui imprimer un caract\u00e8re d\u2019immortalit\u00e9 ainsi que d\u2019universalit\u00e9, du suffrage de ce petit nombre d\u2019esprits d\u00e9licats, d\u2019\u00e2mes exalt\u00e9es et de t\u00eates s\u00e9rieuses qui repr\u00e9sentent moralement les peuples civilis\u00e9s. C\u2019est celle-l\u00e0 que Scott a obtenue en empruntant aux annales des nations des compositions faites pour toutes les nations, en puisant dans les fastes des si\u00e8cles des livres \u00e9crits pour tous les si\u00e8cles. Nul romancier n\u2019a cach\u00e9 plus d\u2019enseignement sous plus de charme, plus de v\u00e9rit\u00e9 sous la fiction. Il y a une alliance visible entre la forme qui lui est propre et toutes les formes litt\u00e9raires du pass\u00e9 et de l\u2019avenir, et l\u2019on pourrait consid\u00e9rer les romans \u00e9piques de Scott comme une transition de la litt\u00e9rature actuelle aux romans grandioses, aux grandes \u00e9pop\u00e9es en vers ou en prose que notre \u00e8re po\u00e9tique nous promet et nous donnera.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelle doit \u00eatre l\u2019intention du romancier\u2009? C\u2019est d\u2019exprimer dans une fable int\u00e9ressante une v\u00e9rit\u00e9 utile. Et, une fois cette id\u00e9e fondamentale choisie, cette action explicative invent\u00e9e, l\u2019auteur ne doit-il pas chercher, pour la d\u00e9velopper, un mode d\u2019ex\u00e9cution qui rende son roman semblable \u00e0 la vie, l\u2019imitation pareille au mod\u00e8le\u2009? Et la vie n\u2019est-elle pas un drame bizarre o\u00f9 se m\u00ealent le bon et le mauvais, le beau et le laid, le haut et le bas, loi dont le pouvoir n\u2019expire que hors de la cr\u00e9ation\u2009? Faudra-t-il donc se borner \u00e0 composer, comme certains peintres flamands, des tableaux enti\u00e8rement t\u00e9n\u00e9breux, ou, comme les Chinois, des tableaux tout lumineux, quand la nature montre partout la lutte de l\u2019ombre et de la lumi\u00e8re\u2009? Or les romanciers, avant Walter Scott, avaient adopt\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralement deux m\u00e9thodes de composition contraires&nbsp;; toutes deux vicieuses, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019elles sont contraires. Les uns donnaient \u00e0 leur ouvrage la forme d\u2019une narration divis\u00e9e arbitrairement en chapitres, sans qu\u2019on devin\u00e2t trop pourquoi, ou m\u00eame uniquement pour d\u00e9lasser l\u2019esprit du lecteur, comme l\u2019avoue assez na\u00efvement le titre de <em>descanso<\/em> (repos), plac\u00e9 par un vieil auteur espagnol en t\u00eate de ses chapitres. Les autres d\u00e9roulaient leur fable dans une s\u00e9rie de lettres qu\u2019on supposait \u00e9crites par les divers acteurs du roman. Dans la narration, les personnages disparaissent, l\u2019auteur seul se montre toujours&nbsp;; dans les lettres, l\u2019auteur s\u2019\u00e9clipse pour ne laisser jamais voir que ses personnages. Le romancier narrateur ne peut donner place au dialogue naturel, \u00e0 l\u2019action v\u00e9ritable&nbsp;; il faut qu\u2019il leur substitue un certain mouvement monotone de style, qui est comme un moule o\u00f9 les \u00e9v\u00e9nements les plus divers prennent la m\u00eame forme, et sous lequel les cr\u00e9ations les plus \u00e9lev\u00e9es, les inventions les plus profondes, s\u2019effacent, de m\u00eame que les asp\u00e9rit\u00e9s d\u2019un champ s\u2019aplanissent sous le rouleau. Dans le roman par lettres, la m\u00eame monotonie provient d\u2019une autre cause. Chaque personnage arrive \u00e0 son tour avec son \u00e9p\u00eetre, \u00e0 la mani\u00e8re de ces acteurs forains qui, ne pouvant para\u00eetre que l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, et n\u2019ayant pas la permission de parler sur leurs tr\u00e9teaux, se pr\u00e9sentent successivement, portant au-dessus de leur t\u00eate un grand \u00e9criteau sur lequel le public lit leur r\u00f4le. On peut encore comparer le roman par lettres \u00e0 ces laborieuses conversations de sourds-muets qui s\u2019\u00e9crivent r\u00e9ciproquement ce qu\u2019ils ont \u00e0 se dire, de sorte que leur col\u00e8re ou leur joie est tenue d\u2019avoir sans cesse la plume \u00e0 la main et l\u2019\u00e9critoire en poche. Or, je le demande, que devient l\u2019\u00e0-propos d\u2019un tendre reproche qu\u2019il faut porter \u00e0 la poste\u2009? Et l\u2019explosion fougueuse des passions n\u2019est-elle pas un peu g\u00ean\u00e9e entre le pr\u00e9ambule oblig\u00e9 et la formule polie qui sont l\u2019avant-garde et l\u2019arri\u00e8re-garde de toute lettre \u00e9crite par un homme bien n\u00e9\u2009? Croit-on que le cort\u00e8ge des compliments, le bagage des civilit\u00e9s, acc\u00e9l\u00e8rent la progression de&nbsp;l\u2019int\u00e9r\u00eat et pressent la marche de l\u2019action\u2009? Ne doit-on pas enfin supposer quelque vice radical et insurmontable dans un genre de composition qui a pu refroidir parfois l\u2019\u00e9loquence m\u00eame de Rousseau\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>Supposons donc qu\u2019au roman narratif, o\u00f9 il semble qu\u2019on ait song\u00e9 \u00e0 tout, except\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat, en adoptant l\u2019absurde usage de faire pr\u00e9c\u00e9der chaque chapitre d\u2019un sommaire, souvent tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9, qui est comme le r\u00e9cit du r\u00e9cit&nbsp;; supposons qu\u2019au roman \u00e9pistolaire, dont la forme m\u00eame interdit toute v\u00e9h\u00e9mence et toute rapidit\u00e9, un esprit cr\u00e9ateur substitue le roman dramatique, dans lequel l\u2019action imaginaire se d\u00e9roule en tableaux vrais et vari\u00e9s, comme se d\u00e9roulent les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9els de la vie&nbsp;; qui ne connaisse d\u2019autre division que celle des diff\u00e9rentes sc\u00e8nes \u00e0 d\u00e9velopper&nbsp;; qui enfin soit un long drame, o\u00f9 les descriptions suppl\u00e9eraient aux d\u00e9corations et aux costumes, o\u00f9 les personnages pourraient se peindre par eux-m\u00eames, et repr\u00e9senter, par leurs chocs divers et multipli\u00e9s, toutes les formes de l\u2019id\u00e9e unique de l\u2019ouvrage. Vous trouverez, dans ce genre nouveau, les avantages r\u00e9unis des deux genres anciens, sans leurs inconv\u00e9nients. Ayant \u00e0 votre disposition les ressorts pittoresques, et en quelque fa\u00e7on magiques, du drame, vous pourrez laisser derri\u00e8re la sc\u00e8ne ces mille d\u00e9tails oiseux et transitoires que le simple narrateur, oblig\u00e9 de suivre ses acteurs pas \u00e0 pas comme des enfants aux lisi\u00e8res, doit exposer longuement s\u2019il veut \u00eatre clair&nbsp;; et vous pourrez profiter de ces traits profonds et soudains, plus f\u00e9conds en m\u00e9ditations que des pages enti\u00e8res que fait jaillir le mouvement d\u2019une sc\u00e8ne, mais qu\u2019exclut la rapidit\u00e9 d\u2019un r\u00e9cit.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le roman pittoresque, mais prosa\u00efque, de Walter Scott, il restera un autre roman \u00e0 cr\u00e9er, plus beau et plus complet encore selon nous. C\u2019est le roman \u00e0 la fois drame et \u00e9pop\u00e9e, pittoresque mais po\u00e9tique, r\u00e9el mais id\u00e9al, vrai mais grand, qui ench\u00e2ssera Walter Scott dans Hom\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme tout cr\u00e9ateur, Walter Scott a \u00e9t\u00e9 assailli jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent par d\u2019inextinguibles critiques. Il faut que celui qui d\u00e9friche un marais se r\u00e9signe \u00e0 entendre les grenouilles coasser autour de lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 nous, nous remplissons un devoir de conscience en pla\u00e7ant Walter Scott tr\u00e8s haut parmi les romanciers, et en particulier <em>Quentin Dur<\/em>ward tr\u00e8s haut parmi les romans. <em>Quentin Durward <\/em>est un beau livre. Il est difficile de voir un roman mieux tissu, et des effets moraux mieux attach\u00e9s aux effets dramatiques.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur a voulu montrer, ce nous semble, combien la loyaut\u00e9, m\u00eame dans un \u00eatre obscur, jeune et pauvre, arrive plus s\u00fbrement \u00e0 son but que la perfidie, f\u00fbt-elle aid\u00e9e de toutes les ressources du pouvoir, de la richesse et de l\u2019exp\u00e9rience. Il a charg\u00e9 du premier de ces r\u00f4les son \u00e9cossais Quentin Durward, orphelin jet\u00e9 au milieu des \u00e9cueils les plus multipli\u00e9s, des pi\u00e8ges&nbsp;les mieux pr\u00e9par\u00e9s, sans autre boussole qu\u2019un amour presque insens\u00e9&nbsp;; mais c\u2019est souvent quand il ressemble \u00e0 une folie que l\u2019amour est une vertu. Le second est confi\u00e9 \u00e0 Louis&nbsp;XI, roi plus adroit que le plus adroit courtisan, vieux renard arm\u00e9 des ongles du lion, puissant et fin, servi dans l\u2019ombre comme au jour, incessamment couvert de ses gardes comme d\u2019un bouclier, et accompagn\u00e9 de ses bourreaux comme d\u2019une \u00e9p\u00e9e. Ces deux personnages si diff\u00e9rents r\u00e9agissent l\u2019un sur l\u2019autre de mani\u00e8re \u00e0 exprimer l\u2019id\u00e9e fondamentale avec une v\u00e9rit\u00e9 singuli\u00e8rement frappante. C\u2019est en ob\u00e9issant fid\u00e8lement au roi que le loyal Quentin sert, sans le savoir, ses propres int\u00e9r\u00eats, tandis que les projets de Louis&nbsp;XI, dont Quentin devait \u00eatre \u00e0 la fois l\u2019instrument et la victime, tournent en m\u00eame temps \u00e0 la confusion du rus\u00e9 vieillard et \u00e0 l\u2019avantage du simple jeune homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Un examen superficiel pourrait faire croire d\u2019abord que l\u2019intention premi\u00e8re du po\u00e8te est dans le contraste historique, peint avec tant de talent, du roi de France Louis de&nbsp;Valois et du duc de Bourgogne Charles le T\u00e9m\u00e9raire. Ce bel \u00e9pisode est peut-\u00eatre en effet un d\u00e9faut dans la composition de l\u2019ouvrage, en ce qu\u2019il rivalise d\u2019int\u00e9r\u00eat avec le sujet lui-m\u00eame&nbsp;; mais cette faute, si elle existe, n\u2019\u00f4te rien \u00e0 ce que pr\u00e9sente d\u2019imposant et de comique tout ensemble cette opposition de deux princes, dont l\u2019un, despote souple et ambitieux, m\u00e9prise l\u2019autre, tyran dur et belliqueux, qui le d\u00e9daignerait s\u2019il l\u2019osait. Tous deux se ha\u00efssent&nbsp;; mais Louis brave la haine de Charles parce qu\u2019elle est rude et sauvage, Charles craint la haine de Louis parce qu\u2019elle est caressante. Le duc de Bourgogne, au milieu de son camp et de ses \u00e9tats, s\u2019inqui\u00e8te pr\u00e8s du roi de France sans d\u00e9fense, comme le limier dans le voisinage du chat. La cruaut\u00e9 du duc na\u00eet de ses passions, celle du roi de son caract\u00e8re. Le bourguignon est loyal parce qu\u2019il est violent&nbsp;; il n\u2019a jamais song\u00e9 \u00e0 cacher ses mauvaises actions&nbsp;; il n\u2019a point de remords, car il a oubli\u00e9 ses crimes comme ses col\u00e8res. Louis est superstitieux, peut-\u00eatre parce qu\u2019il est hypocrite&nbsp;; la religion ne suffit pas \u00e0 celui que sa conscience tourmente et qui ne veut pas se repentir&nbsp;; mais il a beau croire \u00e0 d\u2019impuissantes expiations, la m\u00e9moire du mal qu\u2019il a fait vit sans cesse en lui pr\u00e8s de la pens\u00e9e du mal qu\u2019il va faire, parce qu\u2019on se rappelle toujours ce qu\u2019on a m\u00e9dit\u00e9 longtemps et qu\u2019il faut bien que le crime, lorsqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 un d\u00e9sir et une esp\u00e9rance, devienne aussi un souvenir. Les deux princes sont d\u00e9vots&nbsp;; mais Charles jure par son \u00e9p\u00e9e avant de jurer par Dieu, tandis que Louis t\u00e2che de gagner les saints par des dons d\u2019argent ou des charges de cour, m\u00eale de la diplomatie \u00e0 sa pri\u00e8re et intrigue m\u00eame avec le ciel. En cas de guerre, Louis en examine encore le danger, que Charles se repose d\u00e9j\u00e0 de la victoire. La politique du T\u00e9m\u00e9raire est toute dans son bras, mais l\u2019\u0153il du roi atteint plus loin que le bras du duc. Enfin Walter Scott prouve, en mettant en jeu les deux rivaux,&nbsp;combien la prudence est plus forte que l\u2019audace, et combien celui qui para\u00eet ne rien craindre a peur de celui qui semble tout redouter.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec quel art l\u2019illustre \u00e9crivain nous peint le roi de France se pr\u00e9sentant, par un raffinement de fourberie, chez son beau cousin de Bourgogne, et lui demandant l\u2019hospitalit\u00e9 au moment o\u00f9 l\u2019orgueilleux vassal va lui apporter la guerre\u2009! Et quoi de plus dramatique que la nouvelle d\u2019une r\u00e9volte foment\u00e9e dans les \u00e9tats du duc par les agents du roi, tombant comme la foudre entre les deux princes \u00e0 l\u2019instant o\u00f9 la m\u00eame table les r\u00e9unit&nbsp;! Ainsi la fraude est d\u00e9jou\u00e9e par la fraude, et c\u2019est le prudent Louis qui s\u2019est lui-m\u00eame livr\u00e9 sans d\u00e9fense \u00e0 la vengeance d\u2019un ennemi justement irrit\u00e9. L\u2019histoire dit bien quelque chose de tout cela&nbsp;; mais ici j\u2019aime mieux croire au roman qu\u2019\u00e0 l\u2019histoire, parce que je pr\u00e9f\u00e8re la v\u00e9rit\u00e9 morale \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 historique. Une sc\u00e8ne plus remarquable encore peut-\u00eatre, c\u2019est celle o\u00f9 les deux princes, que les conseils les plus sages n\u2019ont encore pu rapprocher, se r\u00e9concilient par un acte de cruaut\u00e9 que l\u2019un imagine et que l\u2019autre ex\u00e9cute. Pour la premi\u00e8re fois ils rient ensemble de cordialit\u00e9 et de plaisir&nbsp;; et ce rire, excit\u00e9 par un supplice, efface pour un moment leur discorde. Cette id\u00e9e terrible fait frissonner d\u2019admiration.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons entendu critiquer, comme hideuse et r\u00e9voltante, la peinture de l\u2019orgie. C\u2019est, \u00e0 notre avis, un des plus beaux chapitres de ce livre. Walter Scott, ayant entrepris de peindre ce fameux brigand surnomm\u00e9 le Sanglier des Ardennes, aurait manqu\u00e9 son tableau s\u2019il n\u2019e\u00fbt excit\u00e9 l\u2019horreur. Il faut toujours entrer franchement dans une donn\u00e9e dramatique, et chercher en tout le fond des choses. L\u2019\u00e9motion et l\u2019int\u00e9r\u00eat ne se trouvent que l\u00e0. Il n\u2019appartient qu\u2019aux esprits timides de capituler avec une conception forte et de reculer dans la voie qu\u2019ils se sont trac\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous justifierons, d\u2019apr\u00e8s le m\u00eame principe, deux autres passages qui ne nous paraissent pas moins dignes de m\u00e9ditation et de louange. Le premier est l\u2019ex\u00e9cution de ce Hayraddin, personnage singulier dont l\u2019auteur aurait peut-\u00eatre pu tirer encore plus de parti. Le second est le chapitre o\u00f9 le roi Louis&nbsp;XI, arr\u00eat\u00e9 par ordre du duc de Bourgogne, fait pr\u00e9parer dans sa prison, par Tristan l\u2019Hermite, le ch\u00e2timent de l\u2019astrologue qui l\u2019a tromp\u00e9. C\u2019est une id\u00e9e \u00e9trangement belle que de nous faire voir ce roi cruel, trouvant encore dans son cachot assez d\u2019espace pour sa vengeance, r\u00e9clamant des bourreaux pour derniers serviteurs, et \u00e9prouvant ce qui lui reste d\u2019autorit\u00e9 par l\u2019ordre d\u2019un supplice.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pourrions multiplier ces observations et t\u00e2cher de faire voir en quoi le nouveau drame de sir Walter Scott nous semble d\u00e9fectueux, particuli\u00e8rement dans le d\u00e9nouement&nbsp;; mais le romancier aurait sans doute pour se justifier des raisons beaucoup meilleures que nous n\u2019en aurions pour l\u2019attaquer, et ce&nbsp;n\u2019est point contre un si formidable champion que nous essayerions avec avantage nos faibles armes. Nous nous bornerons \u00e0 lui faire observer que le mot plac\u00e9 par lui dans la bouche du fou du duc de Bourgogne sur l\u2019arriv\u00e9e du roi Louis&nbsp;XI \u00e0 P\u00e9ronne appartient au fou de Fran\u00e7ois&nbsp;1er, qui le pronon\u00e7a lors du passage de Charles-Quint en France, en 1535. L\u2019immortalit\u00e9 de ce pauvre Triboulet ne tient qu\u2019\u00e0 ce mot, il faut le lui laisser. Nous croyons \u00e9galement que l\u2019exp\u00e9dient ing\u00e9nieux qu\u2019emploie l\u2019astrologue Galeotti pour \u00e9chapper \u00e0 Louis&nbsp;XI avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9 quelque mille ans auparavant par un philosophe que voulait mettre \u00e0 mort Denis de Syracuse. Nous n\u2019attachons pas \u00e0 ces remarques plus d\u2019importance qu\u2019elles n\u2019en m\u00e9ritent&nbsp;; un romancier n\u2019est pas un chroniqueur. Nous sommes \u00e9tonn\u00e9 seulement que le roi adresse la parole, dans le conseil de Bourgogne, \u00e0 des chevaliers du Saint-Esprit, cet ordre n\u2019ayant \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 qu\u2019un si\u00e8cle plus tard par Henri&nbsp;III. Nous croyons m\u00eame que l\u2019ordre de Saint-Michel, dont le noble auteur d\u00e9core son brave lord Crawford, ne fut institu\u00e9 par Louis XI qu\u2019apr\u00e8s sa captivit\u00e9. Que sir Walter Scott nous permette ces petites chicanes chronologiques. En remportant un l\u00e9ger triomphe de p\u00e9dant sur un aussi illustre antiquaire, nous ne pouvons nous d\u00e9fendre de cette innocente joie qui transportait son Quentin Durward lorsqu\u2019il eut d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 le duc d\u2019Orl\u00e9ans et tenu t\u00eate \u00e0 Dunois, et nous serions tent\u00e9 de lui demander pardon de notre victoire, comme Charles-Quint au pape&nbsp;: <em>Sanctissime pater, indulge victori<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><em>LA COMTESSE DE&nbsp;SALISBURY &#8211; <\/em>Alexandre Dumas<\/h1>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Introduction<\/h2>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire de France, gr\u00e2ce \u00e0 MM.&nbsp;M\u00e9zeray, Velly et Anqutil, a acquis une telle r\u00e9putation d\u2019ennui, qu\u2019elle en peut disputer le prix avec avantage \u00e0 toutes les histoires du monde connu&nbsp;: aussi le roman historique fut-il chose compl\u00e8tement \u00e9trang\u00e8re \u00e0 notre litt\u00e9rature jusqu\u2019au moment o\u00f9 nous arriv\u00e8rent les chefs-d\u2019\u0153uvre de Walter Scott. Je dis \u00e9trang\u00e8re, car je ne pr\u00e9sume pas que l\u2019on prenne s\u00e9rieusement pour romans historiques <em>le Si\u00e8ge de La Rochelle<\/em>, de madame de&nbsp;Genlis, et <em>Mathilde, ou les Croisades<\/em>, de madame Cottin. Jusqu\u2019\u00e0 cette \u00e9poque nous ne connaissions donc r\u00e9ellement que le roman pastoral, le roman de m\u0153urs, le roman d\u2019alc\u00f4ve, le roman de chevalerie, le roman de passion, et le roman sentimental. <em>L\u2019Astr\u00e9e<\/em>, <em>Gil Blas<\/em>, <em>le Sofa<\/em>, <em>le petit Jehan de Saintr\u00e9<\/em>, <em>Manon Lescaut<\/em> et <em>Am\u00e9lie Mansfield<\/em> furent les chefs-d\u2019\u0153uvre de chacun de ces genres.<\/p>\n\n\n\n<p>Il en advint que notre \u00e9tonnement fut grand en France lorsque, apr\u00e8s avoir lu <em>Ivanho\u00e9<\/em>, <em>le Ch\u00e2teau de Kenilworth<\/em>, <em>Richard en Palestine<\/em>, nous f\u00fbmes forc\u00e9s de reconna\u00eetre la sup\u00e9riorit\u00e9 de ces romans sur les n\u00f4tres. C\u2019est que Walter Scott aux qualit\u00e9s instinctives de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs joignait les connaissances acquises, \u00e0 l\u2019\u00e9tude du c\u0153ur des hommes la science de l\u2019histoire des peuples&nbsp;; c\u2019est que, dou\u00e9 d\u2019une curiosit\u00e9 arch\u00e9ologique, d\u2019un coup d\u2019\u0153il exact, d\u2019une puissance vivifiante, son g\u00e9nie r\u00e9surrectionnel \u00e9voque toute une \u00e9poque, avec ses m\u0153urs, ses int\u00e9r\u00eats, ses passions, depuis Gurth le gardien de pourceaux jusqu\u2019\u00e0 Richard le chevalier noir, depuis Micha\u00ebl Lambourn le spadassin jusqu\u2019\u00e0 \u00c9lisabeth la reine r\u00e9gicide, depuis le chevalier du L\u00e9opard jusqu\u2019\u00e0 Salah-Eddin le royal m\u00e9decin&nbsp;; c\u2019est que sous sa plume enfin hommes et choses reprennent vie et place \u00e0 la date o\u00f9 ils ont exist\u00e9, que le lecteur se trouve insensiblement transport\u00e9 au milieu d\u2019un monde complet, dans toutes les harmonies de son \u00e9chelle sociale, et qu\u2019il se demande s\u2019il n\u2019est pas descendu, par quelque escalier magique, dans un de ces univers souterrains comme on en trouve dans <em>les Mille et une Nuits<\/em>.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais nous ne nous rend\u00eemes point ainsi tout d\u2019abord, et nous cr\u00fbmes longtemps que cet int\u00e9r\u00eat inconnu que nous trouvions dans les romans de Walter Scott tenait \u00e0 ce que l\u2019histoire d\u2019Angleterre offrait par ses \u00e9v\u00e9nements plus de vari\u00e9t\u00e9 que la n\u00f4tre. Nous pr\u00e9f\u00e9rions attribuer la sup\u00e9riorit\u00e9 que nous ne pouvions nier \u00e0 l\u2019encha\u00eenement des choses plut\u00f4t qu\u2019au g\u00e9nie de l\u2019homme. Cela consolait notre amour-propre, et mettait Dieu de moiti\u00e9 dans notre d\u00e9faite. Nous \u00e9tions encore retranch\u00e9s derri\u00e8re cet argument, nous y d\u00e9fendant, du moins mal qu\u2019il nous \u00e9tait possible, lorsque <em>Quentin Durward<\/em> parut et battit en br\u00e8che le rempart de nos paresseuses excuses. Il fallut d\u00e8s lors convenir que notre histoire avait aussi ses pages romanesques et po\u00e9tiques&nbsp;; et, pour comble d\u2019humiliation, un Anglais les avait lues avant nous, et nous ne les connaissions encore que traduites d\u2019une langue \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons le d\u00e9faut d\u2019\u00eatre vaniteux&nbsp;; mais en \u00e9change nous avons le bonheur de ne pas \u00eatre ent\u00eat\u00e9&nbsp;: vaincu, nous avouons franchement notre d\u00e9faite, par la certitude que nous avons de rattraper quelque jour la victoire. Notre jeunesse, que les circonstances graves de nos derniers temps avaient pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 des \u00e9tudes s\u00e9rieuses, se mit ardemment \u00e0 l\u2019\u0153uvre&nbsp;; chacun s\u2019enfon\u00e7a dans la mine historique de nos biblioth\u00e8ques, cherchant le filon qui lui paraissait le plus riche&nbsp;: Buchon, Thierry, Barante, Sismondi et Guizot en revinrent avec des tr\u00e9sors qu\u2019ils d\u00e9pos\u00e8rent g\u00e9n\u00e9reusement sur nos places publiques, afin que chacun p\u00fbt y puiser.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussit\u00f4t la foule se pr\u00e9cipita sur le minerai, et pendant quelques ann\u00e9es il y eut un grand gaspillage de pourpoints, de chaperons et de poulaines&nbsp;; un grand bruit d\u2019armures, de heaumes et de dagues&nbsp;; une grande confusion entre la langue d\u2019Oil et la langue d\u2019Oc&nbsp;: enfin, du creuset de nos alchimistes modernes sortirent <em>Cinq-Mars<\/em> et <em>Notre-Dame de Paris<\/em>, deux lingots d\u2019or pour un monceau de cendres.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant les autres tentatives, tout incompl\u00e8tes qu\u2019elles \u00e9taient, produisirent du moins un r\u00e9sultat, ce fut de donner le go\u00fbt de notre histoire&nbsp;: mauvais, m\u00e9diocre ou bon, tout ce qui fut \u00e9crit sur ce sujet fut \u00e0 peu pr\u00e8s lu, et, lorsqu\u2019on connut les noms de nos chroniqueurs, on se figura que l\u2019on connaissait aussi leurs chroniques. Chacun alors passa de la science de l\u2019histoire g\u00e9n\u00e9rale au d\u00e9sir de conna\u00eetre l\u2019histoire priv\u00e9e&nbsp;; cette disposition d\u2019esprit fut habilement remarqu\u00e9e par les Ouvrard litt\u00e9raires&nbsp;: il se fit aussit\u00f4t une immense commande de m\u00e9moires in\u00e9dits&nbsp;; chaque \u00e9poque eut son Brant\u00f4me, sa Motteville et son Saint-Simon&nbsp;: tout cela se vendit jusqu\u2019au dernier exemplaire&nbsp;; il n\u2019y eut que les M\u00e9moires de Napol\u00e9on qui s\u2019\u00e9coul\u00e8rent difficilement, ils arrivaient apr\u00e8s la Contemporaine.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9cole positive cria que tout cela \u00e9tait un grand malheur&nbsp;; qu\u2019on n\u2019apprenait rien de r\u00e9el ni de solide dans les romans historiques et avec les m\u00e9moires apocryphes&nbsp;; que c\u2019\u00e9taient des branches fausses et b\u00e2tardes qui n\u2019appartenaient \u00e0 aucun genre de litt\u00e9rature, et que ce qui restait de ces rapsodies dans la t\u00eate de ceux qui les avaient lues ne servait qu\u2019\u00e0 leur donner une fausse id\u00e9e des hommes et des choses, en les leur faisant envisager sous un faux point de vue&nbsp;; que d\u2019ailleurs l\u2019int\u00e9r\u00eat dans ces sortes de productions \u00e9tait toujours absorb\u00e9 par le personnage d\u2019imagination, et que, par cons\u00e9quent, c\u2019\u00e9tait la partie romanesque qui laissait le plus de souvenirs. On leur opposa Walter Scott, qui certes a plus appris \u00e0 ses compatriotes de faits historiques avec ses romans que Hume, Robertson et Lingard avec leurs histoires&nbsp;: ils r\u00e9pondirent que cela \u00e9tait vrai, mais que nous n\u2019avons rien fait qui p\u00fbt se comparer \u00e0 ce qu\u2019avait fait Walter Scott&nbsp;; et sur ce point ils avaient raison&nbsp;: en cons\u00e9quence, ils renvoyaient impitoyablement aux chroniqueurs m\u00eames&nbsp;; et sur ce point ils avaient tort.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 moins d\u2019une \u00e9tude particuli\u00e8re de langue, que tout le monde n\u2019a pas le temps de faire, et qui cause une fatigue que les hommes sp\u00e9ciaux ont seuls le courage de supporter, nos chroniques sont assez difficiles \u00e0 lire, depuis Villehardouin jusqu\u2019\u00e0 Joinville, c\u2019est-\u00e0-dire depuis la fin du douzi\u00e8me si\u00e8cle jusqu\u2019\u00e0 la fin du quatorzi\u00e8me&nbsp;; et cependant dans cet intervalle sont compris les r\u00e8gnes les plus importants de notre troisi\u00e8me race monarchique. C\u2019est l\u2019\u00e9poque o\u00f9 le monde chr\u00e9tien de saint Louis succ\u00e8de au monde pa\u00efen de Charlemagne&nbsp;; la civilisation romaine s\u2019efface, la civilisation fran\u00e7aise commence&nbsp;; la f\u00e9odalit\u00e9 a remplac\u00e9 la cheftainerie&nbsp;; la langue se forme \u00e0 la rive droite de la Loire&nbsp;; l\u2019art revient d\u2019Orient avec les crois\u00e9s&nbsp;; les basiliques croulent, les cath\u00e9drales s\u2019\u00e9l\u00e8vent&nbsp;; les femmes marquent dans la soci\u00e9t\u00e9 les places qu\u2019elles y occuperont un jour&nbsp;; le peuple ouvre les yeux \u00e0 la lumi\u00e8re politique&nbsp;; les parlements s\u2019\u00e9tablissent, les \u00e9coles se fondent&nbsp;; un roi d\u00e9clare que, puisqu\u2019ils sont Francs de nom, les Fran\u00e7ais doivent na\u00eetre francs de corps. Le salaire succ\u00e8de au servage, la science s\u2019allume, le th\u00e9\u00e2tre prend naissance, les \u00c9tats europ\u00e9ens se constituent&nbsp;; l\u2019Angleterre et la France se s\u00e9parent, les ordres chevaleresques sont cr\u00e9\u00e9s, les routiers se dispersent, les arm\u00e9es s\u2019organisent, l\u2019\u00e9tranger dispara\u00eet du sol national, les grands fiefs et les petites royaut\u00e9s se r\u00e9unissent \u00e0 la couronne&nbsp;; enfin, le grand arbre de la f\u00e9odalit\u00e9, apr\u00e8s avoir port\u00e9 tous ses fruits, tombe sous la hache de Louis&nbsp;XI, le b\u00fbcheron royal&nbsp;: c\u2019est, comme on le voit, le bapt\u00eame de la France, qui perd son vieux nom de Gaule&nbsp;; c\u2019est l\u2019enfance de l\u2019\u00e8re dont nous sommes l\u2019\u00e2ge m\u00fbr&nbsp;; c\u2019est le chaos d\u2019o\u00f9 sort notre monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a plus, c\u2019est que, si pittoresques que soient Froissard, Monstrelet et Juv\u00e9nal des Ursins, qui remplissent \u00e0 eux trois un autre intervalle de pr\u00e8s de deux si\u00e8cles, leurs chroniques sont plut\u00f4t des fragments r\u00e9unis qu\u2019une \u0153uvre compl\u00e8te, des journaux quotidiens que des m\u00e9moires annuels&nbsp;; point de fil conducteur que l\u2019on puisse suivre dans ce labyrinthe, point de soleil qui p\u00e9n\u00e8tre dans ces vall\u00e9es sombres, point de chemins trac\u00e9s dans ces for\u00eats vierges&nbsp;; rien n\u2019est centre&nbsp;: ni peuple, ni noblesse, ni royaut\u00e9&nbsp;; tout, au contraire, est divergent, et chaque ligne tend \u00e0 un nouveau point du monde. On saute sans liaison de l\u2019Angleterre en Espagne, de l\u2019Espagne en Flandre, de la Flandre en Turquie. Les petits calculs sont si multipli\u00e9s qu\u2019ils cachent les grands int\u00e9r\u00eats, et que jamais on n\u2019entrevoit dans cette nuit obscure la main lumineuse de Dieu tenant les r\u00eanes du monde et le poussant invariablement vers le progr\u00e8s&nbsp;: ainsi donc l\u2019homme superficiel qui lirait Froissard, Monstrelet et Juv\u00e9nal des Ursins, n\u2019en conserverait en m\u00e9moire que des anecdotes sans suite, des \u00e9v\u00e9nements sans r\u00e9sultats ou des catastrophes sans causes. Le lecteur se trouve, par cons\u00e9quent, enferm\u00e9 entre l\u2019histoire proprement dite, qui n\u2019est qu\u2019une compilation ennuyeuse de dates et de faits rattach\u00e9s chronologiquement les uns aux autres, entre le roman historique, qui, \u00e0 moins d\u2019\u00eatre \u00e9crit avec le g\u00e9nie et la science de Walter Scott, n\u2019est qu\u2019une lanterne magique sans lumi\u00e8re, sans couleur et sans port\u00e9e, et enfin, entre les chroniques originales, source certaine, profonde et intarissable, mais d\u2019o\u00f9 l\u2019eau sort si troubl\u00e9e qu\u2019il est presque impossible \u00e0 des yeux inhabiles de voir le fond \u00e0 travers des flots.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme nous avons toujours eu le d\u00e9sir de consacrer une part de notre vie d\u2019artiste \u00e0 des productions historiques (ce n\u2019est point de nos drames qu\u2019il est question ici), nous nous sommes enferm\u00e9 nous-m\u00eame dans ce triangle, et nous avons song\u00e9 logiquement au moyen d\u2019en sortir en laissant la porte ouverte derri\u00e8re nous&nbsp;: apr\u00e8s avoir \u00e9tudi\u00e9 l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre la chronique, l\u2019histoire et le roman historique, apr\u00e8s avoir bien reconnu que la chronique ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e que comme source o\u00f9 l\u2019on doit puiser, nous avons esp\u00e9r\u00e9 qu\u2019il restait une place \u00e0 prendre entre ces hommes qui n\u2019ont point assez d\u2019imagination et ces hommes qui en ont trop&nbsp;; nous nous sommes convaincu que les dates et les faits chronologiques ne manquaient d\u2019int\u00e9r\u00eat que parce qu\u2019aucune cha\u00eene vitale ne les unissait entre eux, et que le cadavre de l\u2019histoire ne nous paraissait si repoussant que parce que ceux qui l\u2019avaient pr\u00e9par\u00e9 avaient commenc\u00e9 par en extraire le sang, puis par enlever les chairs n\u00e9cessaires \u00e0 la ressemblance, les muscles n\u00e9cessaires au mouvement, enfin les organes n\u00e9cessaires \u00e0 la vie&nbsp;; ce qui en avait fait un squelette sans c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, le roman historique, n\u2019ayant pas la puissance de r\u00e9surrection, s\u2019\u00e9tait born\u00e9 \u00e0 des essais galvaniques&nbsp;; il avait affubl\u00e9 le cadavre d\u2019habits \u00e0 sa guise, et, se contentant de l\u2019exactitude convenue chez Babin et chez Sanctus, lui avait teint les sourcils, peint les l\u00e8vres, \u00e9tendu du rouge sur les joues, et, le pla\u00e7ant en contact avec la pile de Volta, lui avait fait faire deux ou trois soubresauts grotesques qui lui avaient donn\u00e9 l\u2019apparence de la vie. Ceux-l\u00e0 \u00e9taient tomb\u00e9s dans un exc\u00e8s contraire&nbsp;: au lieu de faire de l\u2019histoire un squelette sans c\u0153ur, ils en avaient fait un mannequin sans squelette.<\/p>\n\n\n\n<p>La grande difficult\u00e9, selon nous, est de se garder de ces deux fautes, dont la premi\u00e8re, nous l\u2019avons dit, fut de maigrir le pass\u00e9 comme l\u2019a fait l\u2019histoire, et la seconde de d\u00e9figurer l\u2019histoire comme l\u2019a fait le roman. Le seul moyen de la vaincre serait donc, selon nous, aussit\u00f4t qu\u2019on a fait choix d\u2019une \u00e9poque, de bien \u00e9tudier les int\u00e9r\u00eats divers qui s\u2019y agitent entre le peuple, la noblesse et la royaut\u00e9&nbsp;; de choisir parmi les personnages principaux de ces trois ordres ceux qui ont pris une part active aux \u00e9v\u00e9nements accomplis pendant la dur\u00e9e de l\u2019\u0153uvre que l\u2019on ex\u00e9cute&nbsp;; de rechercher minutieusement quels \u00e9taient l\u2019aspect, le caract\u00e8re et le temp\u00e9rament de ces personnages, afin qu\u2019en les faisant vivre, parler et agir dans cette triple unit\u00e9, on puisse d\u00e9velopper chez eux les passions qui ont amen\u00e9 ces catastrophes d\u00e9sign\u00e9es au catalogue des si\u00e8cles par des dates et des faits auxquels on ne peut s\u2019int\u00e9resser qu\u2019en montrant la mani\u00e8re vitale dont ils ont pris place dans la chronologie.<\/p>\n\n\n\n<p>Celui qui accomplirait ces conditions aurait donc \u00e9vit\u00e9 ces deux \u00e9cueils, puisque la v\u00e9rit\u00e9, tout en retrouvant un corps et une \u00e2me, serait rigoureusement observ\u00e9e, et puisqu\u2019aucun personnage d\u2019imagination ne viendrait se m\u00ealer aux personnages r\u00e9els, qui accompliraient entre eux seuls le drame et l\u2019histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019art ne serait alors employ\u00e9 qu\u2019\u00e0 suivre le fil qui, en serpentant dans le triple \u00e9tage de la soci\u00e9t\u00e9, encha\u00eene les \u00e9v\u00e9nements les uns aux autres, et l\u2019imagination n\u2019aurait d\u2019autre office que celui de d\u00e9gager de toute vapeur \u00e9trang\u00e8re l\u2019atmosph\u00e8re dans laquelle ces \u00e9v\u00e9nements se sont accomplis, afin que le lecteur, parti du commencement d\u2019un r\u00e8gne et arriv\u00e9 \u00e0 sa fin, puisse en se retournant embrasser d\u2019un coup d\u2019\u0153il tout l\u2019espace parcouru entre les deux horizons.<\/p>\n\n\n\n<p>Je sais bien que la t\u00e2che sera plus rude comme travail et moins r\u00e9tribu\u00e9e comme gloire, puisque la fantaisie n\u2019aura plus rien \u00e0 faire dans une pareille \u0153uvre, et que toutes ses cr\u00e9ations appartiendront \u00e0 Dieu. Quant \u00e0 ce qu\u2019on pourrait perdre en int\u00e9r\u00eat, on le regagnera, nous en sommes certain, en r\u00e9alit\u00e9 puisque l\u2019on sera bien convaincu que ce ne sont point des \u00eatres fictifs dont on suivra les traces depuis leur naissance jusqu\u2019\u00e0 leur mort, \u00e0 travers leurs amours ou leurs haines, leur honte ou leur gloire, leurs joies ou leurs douleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Au reste, cette t\u00e2che est celle que nous nous \u00e9tions impos\u00e9e il y a quatre ans lorsque nous publi\u00e2mes, pour servir de base \u00e0 ce syst\u00e8me, cette longue pr\u00e9face intitul\u00e9e <em>Gaule et France<\/em>, qui contenait les faits les plus importants de notre histoire, depuis l\u2019\u00e9tablissement des Germains dans les Gaules jusqu\u2019aux divisions amen\u00e9es entre la France et l\u2019Angleterre par la mort de Charles-leBel. Aujourd\u2019hui, nous reprenons notre r\u00e9cit o\u00f9 nous l\u2019avons laiss\u00e9 alors&nbsp;; nous substituons la forme de la chronique \u00e0 celle de l\u2019annale, et nous abandonnons la concision chronologique pour le d\u00e9veloppement pittoresque.<\/p>\n\n\n\n<p>Compl\u00e9tons notre pens\u00e9e par un apologue oriental qui nous revient \u00e0 la m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque Dieu eut cr\u00e9\u00e9 la terre, il eut l\u2019id\u00e9e, au grand d\u00e9pit de Satan, qui l\u2019avait regard\u00e9 faire et qui la croyait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 lui, de donner un ma\u00eetre \u00e0 la cr\u00e9ation&nbsp;: il forma donc l\u2019homme \u00e0 son image, lui transmit la vie en lui touchant le front du bout du doigt, lui montra l\u2019\u00c9den qu\u2019il habitait, lui nomma les animaux qui devaient lui \u00eatre soumis, lui indiqua les fruits dont il pouvait se nourrir&nbsp;; puis s\u2019envola pour aller semer ces milliers de mondes qui roulent dans l\u2019espace. \u00c0 peine eut-il disparu que Satan entra pour voir l\u2019homme de plus pr\u00e8s&nbsp;; l\u2019homme, fatigu\u00e9 de sa cr\u00e9ation, s\u2019\u00e9tait endormi.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors Satan l\u2019examina dans tous ses d\u00e9tails avec une attention haineuse que la perfection de ses formes et leur harmonie entre elles ne fit qu\u2019augmenter encore&nbsp;; cependant il ne pouvait lui faire aucun mal physique, car l\u2019esprit de Dieu veillait sur lui&nbsp;: il allait donc s\u2019\u00e9loigner, d\u00e9sesp\u00e9rant de poss\u00e9der ce corps et de perdre cette \u00e2me, lorsqu\u2019il s\u2019avisa de frapper doucement sur l\u2019homme avec son doigt&nbsp;; arriv\u00e9 \u00e0 la poitrine, il entendit qu\u2019elle sonnait le creux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Bon, dit Satan, il y a l\u00e0 un vide, j\u2019y mettrai des passions.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Eh bien\u2009! c\u2019est l\u2019histoire des passions que Satan mit dans ces poitrines creuses que nous allons offrir \u00e0 nos lecteurs.<\/p>\n\n<!--themify_builder_content-->\n<div id=\"themify_builder_content-256\" data-postid=\"256\" class=\"themify_builder_content themify_builder_content-256 themify_builder tf_clear\">\n    <\/div>\n<!--\/themify_builder_content-->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Joseph Vebret Le roman historique, en tant que genre, s\u2019est profond\u00e9ment transform\u00e9 au tournant du xixe&nbsp;si\u00e8cle gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u0153uvre de Walter Scott (1771-1832). 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