{"id":206,"date":"2025-11-11T02:46:15","date_gmt":"2025-11-11T01:46:15","guid":{"rendered":"http:\/\/litteraturesetcetera.fr\/?p=206"},"modified":"2026-04-16T10:12:23","modified_gmt":"2026-04-16T08:12:23","slug":"alexis-salatko","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/litteraturesetcetera.fr\/index.php\/2025\/11\/11\/alexis-salatko\/","title":{"rendered":"Alexis Salatko"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">\u00ab&nbsp;Ce qu\u2019il y a de plus vivant, de plus vrai se trouve dans les livres\u2026 Tout ce qui n\u2019est pas litt\u00e9rature n\u2019existe pas.&nbsp;\u00bb<\/h2>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Propos recueillis&nbsp;par Joseph Vebret<\/h5>\n\n\n\n<p>Le dernier roman d\u2019Alexis Salatko, <em>L\u2019Enfant \u00e0 la t\u00eate baiss\u00e9e<\/em> (Deno\u00ebl, ao\u00fbt&nbsp;2025), offre \u00e0 ses lecteurs une plong\u00e9e \u00e9mouvante dans l\u2019enfance et l\u2019intime. L\u2019auteur y m\u00eale souvenirs personnels et fiction, explorant la fragilit\u00e9 \u00e0 travers le personnage d\u2019Alio, jeune gar\u00e7on en lutte contre la depnophobie, cette incapacit\u00e9 \u00e0 se nourrir devant autrui. Avec cette autobiographie romanc\u00e9e, Alexis Salatko revient sur le d\u00e9cor de ses origines, le poids de l\u2019h\u00e9ritage familial, et la qu\u00eate de soi \u00e0 travers l\u2019\u00e9criture, dans un r\u00e9cit o\u00f9 la description des lieux \u2014&nbsp;la gare maritime de Cherbourg, monument tut\u00e9laire et quartier de c\u0153ur&nbsp;\u2014 devient le fil conducteur d\u2019une identit\u00e9 r\u00e9invent\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Comment est n\u00e9 ce roman si intime, <\/em>L\u2019Enfant \u00e0 la t\u00eate baiss\u00e9e<em>, o\u00f9 l\u2019on <\/em><em>sent une proximit\u00e9 \u00e9vidente entre Alio et l\u2019enfant que vous avez \u00e9t\u00e9\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce roman \u00e9tait en chantier \u2014&nbsp;ou devrais-je dire en g\u00e9sine\u2009?&nbsp;\u2014 depuis des ann\u00e9es. Je le remettais sans cesse sur le m\u00e9tier, ne trouvant jamais le bon ton, le bon rythme, la bonne focale. L\u2019id\u00e9e initiale \u00e9tait de me lib\u00e9rer par l\u2019\u00e9criture du mal qui me rongeait. Alio est en effet mon double fictionnel, la compression d\u2019Alexis Salatko. L\u2019homme fragile et l\u2019artiste que j\u2019\u00e9tais devenu cheminaient depuis longtemps \u00e0 la rencontre de l\u2019enfant vuln\u00e9rable que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 pour essayer de comprendre la raison de mes tourments. C\u2019\u00e9tait un sujet trop intime&nbsp;: l\u2019histoire de ma folie. Et, n\u2019\u00e9tant pas de nature exhibitionniste, je n\u2019arrivais pas \u00e0 aller au bout de mes tentatives pour crever le plafond de verre. Ce n\u2019est qu\u2019au d\u00e9c\u00e8s de ma m\u00e8re que les \u00e9crous se sont desserr\u00e9s. Le livre est venu d\u2019un seul coup, en un jaillissement dont il est encore trop t\u00f4t pour dire s\u2019il m\u2019a soulag\u00e9, voire d\u00e9livr\u00e9 ou au contraire enferm\u00e9 un peu plus\u2026 Mais c\u2019est une autre question.<\/p>\n\n\n\n<p><em>La d\u00e9pnophobie est peu connue. Qu\u2019est-ce qui vous a d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9voquer frontalement aujourd\u2019hui\u2009?&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai mis des d\u00e9cennies \u00e0 d\u00e9couvrir que je souffrais de d\u00e9pnophobie ou plut\u00f4t que le mal myst\u00e9rieux dont j\u2019\u00e9tais atteint (l\u2019impossibilit\u00e9 de manger devant autrui) portait ce nom, du grec ancien <em>deipnon<\/em> (banquet) et <em>phobos<\/em> (peur)&nbsp;: la peur de la table. Il a fallu que je rencontre des gens capables de m\u2019aider \u00e0 y voir clair, puis mener une enqu\u00eate transg\u00e9n\u00e9rationnelle pour remonter aux racines de mon mal, du moins en partie parce que, encore aujourd\u2019hui, j\u2019ai plus de serrures que de cl\u00e9s. Je ne dirai pas que j\u2019ai \u00ab&nbsp;d\u00e9cid\u00e9&nbsp;\u00bb de faire ce livre&nbsp;: il \u00e9tait en moi et il aurait tr\u00e8s bien pu ne pas exister. Une conjonction de facteurs en a provoqu\u00e9 la mise \u00e0 feu, notamment l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9, le fait qu\u2019aujourd\u2019hui, \u00e0 l\u2019heure des r\u00e9seaux sociaux, la parole se lib\u00e8re, pour le meilleur et pour le pire d\u2019ailleurs\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Vous dites que \u00ab&nbsp;la position de la t\u00eate baiss\u00e9e est aussi celle du lecteur&nbsp;\u00bb. Pouvez-vous expliquer ce lien entre votre trouble, la lecture et l\u2019\u00e9criture\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u2019explique dans le livre. \u00c0 force de ne rien manger, je manquais de force dans la nuque pour tenir la t\u00eate droite. Je ne voyais du monde que le sol. Cette posture m\u2019inclinait naturellement \u00e0 la lecture. Le jour de mes onze ans \u2014&nbsp;un 1<sup>er<\/sup>&nbsp;janvier, jour de f\u00eate et de solitude&nbsp;\u2014 ma m\u00e8re, ancienne professeure de fran\u00e7ais et de philosophie, posa sur mes genoux <em>Les Fables<\/em> de La Fontaine illustr\u00e9es par Gustave Dor\u00e9. Ce fut un \u00e9v\u00e9nement fondateur. En revanche, le passage \u00e0 l\u2019\u00e9criture fut bien plus difficile et aurait pu ne jamais se produire.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Alio est gav\u00e9 de livres par sa m\u00e8re pour \u00ab&nbsp;nourrir son esprit&nbsp;\u00bb. Quels auteurs ou lectures d\u2019enfance vous ont, vous, v\u00e9ritablement sauv\u00e9\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La liste est longue\u2026 mais, dans l\u2019ordre, je citerai <em>Les Fables de la Fontaine<\/em>, <em>Le Merveilleux voyage de Niels Holgerson \u00e0 travers la Su\u00e8de<\/em> de Selma Lagerlof, <em>Le Petit Chose<\/em>, <em>La Faim<\/em> de Knut Hansum, <em>La M\u00e9tamorphose<\/em> de Kafka, <em>Le Vieil homme et la mer<\/em>, <em>Peter Ibbetson<\/em> de Georges du&nbsp;Maurier<em>, <\/em>les<em> Histoires extraordinaires<\/em> d\u2019Edgar Allan Poe, <em>Le Portrait de Dorian Gray, Docteur Jeckill et Mister Hyde, Faust, etc. <\/em>J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s friand, c\u2019est le mot, de litt\u00e9rature fantastique et je le suis rest\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le rapport p\u00e8re\/fils est central, entre incompr\u00e9hension et enqu\u00eate intime. Comment avez-vous travaill\u00e9 ce face-\u00e0-face\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Dans beaucoup de mes livres, j\u2019interroge le rapport p\u00e8re-fils, mais l\u00e0 c\u2019est diff\u00e9rent puisque le personnage de Doc a vraiment pour mod\u00e8le mon p\u00e8re biologique, lequel n\u2019\u00e9tait pas au courant que j\u2019\u00e9crivais un roman largement autobiographique. Je souhaitais conserver ma libert\u00e9 de cr\u00e9ateur. Le face-\u00e0-face est le r\u00e9sultat d\u2019un patient travail de m\u00e9moire. Faire remonter les souvenirs les plus lointains en s\u2019interdisant de pratiquer l\u2019\u00e9vitement n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 toujours facile, la recherche d\u2019objectivit\u00e9 venant parfois se heurter \u00e0 l\u2019art de la transfiguration. Quand mon p\u00e8re a d\u00e9couvert le livre, \u00e0 la lecture, il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s certainement surpris, mais il conna\u00eet bien la litt\u00e9rature, c\u2019est un tr\u00e8s grand amateur de romans et il a tout de suite saisi l\u2019aspect fictionnel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>La relation fraternelle avec le \u00ab&nbsp;comte Kostia&nbsp;\u00bb est d\u00e9crite comme \u00ab&nbsp;la grande histoire&nbsp;\u00bb du roman. Pourquoi ce lien fraternel vous importait-il tant\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais pas si c\u2019est la grande histoire du roman, plut\u00f4t sa colonne vert\u00e9brale ou sa poutre maitresse. \u00c0 vrai dire, je ne m\u2019attendais pas \u00e0 ce que Kostia occupe autant de place, et surtout qu\u2019il irradie \u00e0 ce point. Il s\u2019est impos\u00e9 \u00e0 moi\u2026 Quand on \u00e9crit des romans dans lesquels les personnages s\u2019imposent \u00e0 vous, arrive un moment o\u00f9 ils prennent litt\u00e9ralement le pouvoir. Kostia est le protecteur d\u2019Alio, l\u2019\u00eatre le plus proche de lui, celui qu\u2019il admire et ch\u00e9rit le plus. Dou\u00e9 pour tout, d\u2019une beaut\u00e9 insolente, charismatique en diable, il est le grand fr\u00e8re que tout le monde r\u00eave d\u2019avoir. Sans Kostia, il est probable qu\u2019Alio n\u2019aurait pas fait de vieux os sur terre. Mais, toute m\u00e9daille ayant son revers, Kostia poss\u00e8de aussi sa part d\u2019ombre\u2026 Dans la vraie vie, j\u2019ai trois fr\u00e8res et quatre m\u00e2les sous un m\u00eame toit, cinq en comptant mon p\u00e8re, cela fait beaucoup, il a fallu r\u00e9duire le casting\u2026&nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Cherbourg et les lieux de m\u00e9moire&nbsp;: vous dites que la gare maritime est \u00ab&nbsp;votre&nbsp;\u00bb quartier, votre monument. Qu\u2019incarne-t-elle pour vous aujourd\u2019hui\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui ce lieu mythique est devenu un mus\u00e9e, la Cit\u00e9 de la Mer, qui attire chaque ann\u00e9e des centaines de milliers de visiteurs et c\u2019est tr\u00e8s bien pour Cherbourg que des gens puissent conna\u00eetre son fabuleux pass\u00e9 maritime avec l\u2019\u00e9pop\u00e9e transatlantique qui me faisait r\u00eaver enfant. Quand mon p\u00e8re m\u00e9decin s\u2019est install\u00e9 \u00e0 Cherbourg en 1963 (l\u2019ann\u00e9e du tournage des <em>Parapluies<\/em>) la gare maritime tournait d\u00e9j\u00e0 au ralenti, mais il y avait encore des Queens qui venaient faire escale et surtout la gare \u00e9tait debout avec ses passerelles, ses quatre grues. Et puis le trafic a cess\u00e9 et Notre-Dame des Queens, cette cath\u00e9drale des mers, chef-d\u2019\u0153uvre de l\u2019art d\u00e9co, a \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9e \u00e0 l\u2019abandon. C\u2019est ce lieu fantomatique que j\u2019ai connu, une sorte d\u2019immense plateau de cin\u00e9ma d\u00e9sert\u00e9 o\u00f9 l\u2019on ne pouvait que r\u00eaver \u00e0 ce pass\u00e9 merveilleux parmi les vestiges d\u2019\u00e2ge d\u2019or. Si ce lieu a tant d\u2019importance pour moi, c\u2019est parce que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 y d\u00e9velopper mon imaginaire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Quel r\u00f4le jouent les paysages dans votre imaginaire litt\u00e9raire\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Un r\u00f4le tr\u00e8s important. Tout part du d\u00e9cor en fait, de l\u2019atmosph\u00e8re. L\u2019histoire vient ensuite. Dans <em>l\u2019Enfant \u00e0 la t\u00eate baiss\u00e9e<\/em>, le personnage principal est Black House, la maison de mon enfance, une ancienne demeure d\u2019armateur au c\u0153ur du quartier des pilotes juste derri\u00e8re la gare transatlantique. Cette maison un peu fantastique, ce jardin enchant\u00e9, et au-del\u00e0 des murs, ce quartier mis\u00e9rable peupl\u00e9 d\u2019ouvriers de l\u2019arsenal et de marins p\u00eacheurs, m\u2019ont terriblement marqu\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Votre livre s\u2019inscrit dans une rentr\u00e9e litt\u00e9raire peupl\u00e9e de r\u00e9cits de famille. Comment voyez-vous cette \u00ab&nbsp;tendance&nbsp;\u00bb\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je ne vois pas de tendance. Depuis la plus haute antiquit\u00e9, il y a des histoires de famille (relisez les trag\u00e9dies grecques) et il y en aura encore et encore jusqu\u2019\u00e0 la disparition de l\u2019\u00e9criture\u2026 Personnellement, je ne suis pas parti dans cette aventure en me disant que j\u2019allais \u00e9crire sur ma famille. C\u2019est ma diff\u00e9rence qu\u2019il m\u2019importait de comprendre, de sonder et peut \u00eatre d\u2019assumer enfin. Il se trouve que ce probl\u00e8me est \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 ma parent\u00e8le. Il s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9 au sein du foyer, et par la force des choses, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 \u00e0 mettre en sc\u00e8ne mes anc\u00eatres et g\u00e9niteurs, mais sous un angle tr\u00e8s singulier, \u00e0 travers le prisme de la d\u00e9pnophobie, ce qui impose au lecteur une vision du monde \u00e0 laquelle il n\u2019est pas habitu\u00e9. Mon h\u00e9ros est d\u00e9pnopohe comme certains personnages de Dosto\u00efevski sont \u00e9pileptiques\u2026 Et d\u2019ailleurs, je me demande ce qui serait arriv\u00e9 si ce pauvre F\u00e9dor avait publi\u00e9 <em>Les Fr\u00e8res Karamazov<\/em> en cette rentr\u00e9e litt\u00e9raire. On l\u2019aurait fichu sous la pile en soupirant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Encore une histoire de famille\u2009!&nbsp;\u00bb J\u2019ai le sentiment d\u2019avoir \u00e9crit un roman existentiel plus que m\u00e9moriel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Vous parlez d\u2019un roman \u00ab&nbsp;tr\u00e8s intime, visc\u00e9ral, personnel&nbsp;\u00bb. Quelles difficult\u00e9s et quelles lib\u00e9rations avez-vous rencontr\u00e9es en l\u2019\u00e9crivant\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pour qu\u2019un livre soit r\u00e9ussi, me semble-t-il, il doit venir de la t\u00eate, du c\u0153ur et du ventre. &nbsp; Dans le cas d\u2019une pathologie aussi visc\u00e9rale que la mienne, il fallait que \u00e7a parte du ventre. Alors, oui, \u00e7a a fini par sortir. Mais qu\u2019est-ce que cela va changer au fond\u2009? Honn\u00eatement, je n\u2019en sais rien. Et, quand j\u2019y r\u00e9fl\u00e9chis, je me dis que \u00e7a serait mieux si \u00e7a ne changeait rien, car j\u2019ai fini par trouver au fil des ans un \u00e9quilibre entre les mets et les mots, j\u2019ai cr\u00e9\u00e9 \u00e0 partir ou autour de ma diff\u00e9rence un art de vivre qui est devenu un art d\u2019\u00e9crire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Depuis vos d\u00e9buts, votre \u0153uvre explore souvent la m\u00e9moire, la filiation, les fant\u00f4mes du pass\u00e9. Qu\u2019est-ce qui vous ram\u00e8ne toujours \u00e0 ces th\u00e8mes\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai \u00e9crit de tr\u00e8s nombreuses biographies romanc\u00e9es, dont les h\u00e9ros ou h\u00e9ro\u00efnes ont pour commun d\u00e9nominateur de souffrir d\u2019une maladie (Katherine Mansfield, Flannery O Connor), de dommages physiques (Django Reinhardt) ou d\u2019un d\u00e9sordre mental (Dino Buzzati). Je pouvais ainsi me cacher derri\u00e8re eux et parler de mon propre handicap \u00e0 travers le leur. Et puis j\u2019ai \u00e9crit des \u0153uvres plus intimes, o\u00f9 j\u2019ai mis en sc\u00e8ne des personnages que j\u2019ai crois\u00e9s du temps de ma jeunesse \u00e0 Cherbourg et qui sont nourris de mes souvenirs. \u00c0 mesure qu\u2019on avance en \u00e2ge, les morts, les fant\u00f4mes sont plus nombreux que les vivants et on voyage davantage dans le pass\u00e9 \u00e0 la recherche d\u2019un <em>rosebud<\/em> enfoui dans une masse de choses pass\u00e9es \u00e0 l\u2019as.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Quelle place accordez-vous \u00e0 la musicalit\u00e9 de la phrase, au rythme, dans votre \u00e9criture\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Une place essentielle. Je suis toujours en recherche de rythme et de musicalit\u00e9 ou de sonorit\u00e9. Les mots sont des notes, cela doit venir de mon grand-p\u00e8re pianiste et du fait que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 batteur de jazz-rock&nbsp;; de sorte que, quand j\u2019\u00e9cris, je raisonne en percussionniste.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Quels \u00e9crivains \u2014&nbsp;classiques ou contemporains&nbsp;\u2014 vous inspirent ou vous accompagnent encore aujourd\u2019hui\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a tellement de livres\u2026 Trop peut-\u00eatre\u2026 Je lis bien moins qu\u2019avant. Je me documente surtout. J\u2019aime aussi relire les grands po\u00e8tes, de Ronsard \u00e0 Pr\u00e9vert\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>Apr\u00e8s ce roman tr\u00e8s autobiographique, sentez-vous le besoin de vous \u00e9loigner de vous-m\u00eame ou, au contraire, d\u2019aller encore plus loin dans l\u2019intime\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais jamais s\u2019il y aura un autre livre\u2026 \u00c7a peut s\u2019arr\u00eater ou continuer&nbsp;; comme \u00e0 chaque fois.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c0 l\u2019heure des r\u00e9seaux sociaux et de la surexposition, que signifie pour vous \u00ab&nbsp;\u00e9crire en marge&nbsp;\u00bb, comme Alio vit en marge\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Alio et moi nous situons en marge de la marge, ce qui veut dire que nous courons au-dessus du vide, comme les personnages de Tex Avery. Nous sommes hors la vie et hors syst\u00e8me. Alio adh\u00e8re si peu au r\u00e9el, il est tellement enferm\u00e9 dans ses r\u00eaves qu\u2019il a recours \u00e0 un professeur de r\u00e9alit\u00e9 pour le ramener vers le monde. J\u2019utilise tr\u00e8s peu, voire pas du tout les r\u00e9seaux sociaux et ma sauvagerie naturelle m\u2019incite \u00e0 rechercher plus l\u2019ombre que la lumi\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Que repr\u00e9sente la litt\u00e9rature dans un monde satur\u00e9 d\u2019images et d\u2019informations\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est une bonne question. On allume le poste et une info succ\u00e8de \u00e0 une autre et l\u2019efface. La litt\u00e9rature r\u00e9siste au temps, du moins, je veux le croire. Je citerai cette phrase de Prof \u00e0 la fin du roman, extraite du cahier bleu o\u00f9 elle consignait ses pens\u00e9es les plus secr\u00e8tes&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce qu\u2019il y a de plus vivant, de plus vrai se trouve dans les livres\u2026 Tout ce qui n\u2019est pas litt\u00e9rature n\u2019existe pas. C\u2019est du soleil froid, une rose inodore, de la neige qui ne tient pas.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Si vous deviez r\u00e9sumer en une phrase ce que la litt\u00e9rature a chang\u00e9 dans votre vie, quelle serait-elle\u2009?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La litt\u00e9rature n\u2019a rien chang\u00e9 dans ma vie, elle est toute ma vie.<\/p>\n\n\n<!-- wp:themify-builder\/canvas \/-->","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Ce qu\u2019il y a de plus vivant, de plus vrai se trouve dans les livres\u2026 Tout ce qui n\u2019est pas litt\u00e9rature n\u2019existe pas.&nbsp;\u00bb<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":210,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[28,30],"tags":[],"class_list":["post-206","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-28","category-rencontres","has-post-title","has-post-date","has-post-category","has-post-tag","has-post-comment","has-post-author",""],"builder_content":"","_links":{"self":[{"href":"https:\/\/litteraturesetcetera.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/206","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/litteraturesetcetera.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/litteraturesetcetera.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/litteraturesetcetera.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/litteraturesetcetera.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=206"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/litteraturesetcetera.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/206\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":602,"href":"https:\/\/litteraturesetcetera.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/206\/revisions\/602"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/litteraturesetcetera.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/210"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/litteraturesetcetera.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=206"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/litteraturesetcetera.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=206"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/litteraturesetcetera.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=206"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}